lundi 2 mai 2016

Michel Neyret, l'ancien superflic devant ses juges

Michel Neyret, l'ancien superflic devant ses juges

Marie Barbier
Dimanche, 1 Mai, 2016
Humanite.fr

L’ex-numéro 2 de la police judiciaire lyonnaise est jugé pour corruption et trafic de stupéfiants. Son procès devrait mettre en lumière la difficulté des liens entre les policiers et leurs informateurs.
Comme dans les bons polars bien sales, le procès de Michel Neyret qui s'ouvre lundi après-midi devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris attirera certainement la foule des grands jours. Caméras et flashs de circonstance, bancs de la presse pleins à craquer. Et un public nombreux, prêt à attendre des heures pour ne pas en rater une miette. Le peuple venu assister en direct à la chute d'un homme : l'ancienne star de l'antigang, grande et belle gueule aimée des plateaux de télé, devenue le ripou, le flic à abattre, symbole de tous les maux d'une police à l'ancienne. La décadence fascine...
 
Elle foisonne dans ce dossier : des séjours dans des hôtels de luxe à Marrakech et à Cannes, une montre Cartier à 30 000 euros, des grosses cylindrées prêtées le temps de vacances dans des villas cossues de la Côte d'Azur. Le tout offert gracieusement en échange de renseignements confidentiels livrés à des figures du milieu : fiches de police, Interpol et interventions auprès de magistrats. Michel Neyret aurait même pu se retrouver dans le scandale des Panama Papers : deux mois avant son arrestation, il ouvrait un compte panaméen pour « préparer (sa) retraite ».
 
Sûr que le fils de mineur lorrain, élevé avec son grand frère dans une « bonne ambiance familiale » par une mère au foyer et un père travailleur, s'est perdu. Peut-être dans le septième art, si tant est que l'on puisse qualifier ainsi le film les Lyonnais de l'ancien flic Olivier Marchal. Son commissaire copie la veste ajustée sur la chemise, col grand ouvert du commissaire star, crédité au générique comme «  conseiller ». Nous sommes fin 2010, Neyret bascule. Dans les écoutes téléphoniques, sa femme Nicole – poursuivie pour recel de trafic d'influence passif et de corruption passive par personne dépositaire de l'autorité publique – ne dit pas autre chose à son informateur : « Depuis que tu lui donnes du fric, c’est plus le même. Tu me l’as pourri, Michel. (...) Je voulais un mec sain et maintenant, il est plus voyou que les autres. Mais, arrêtez ! Il est obnubilé par le fric. Gilles, je te demande une chose : arrête de le gâter, parce que l’autre, il sait plus où il en est. »
 
Avant, Neyret, c'était la star des flics, celui qui avait fait tomber les plus gros, une légende dans la « maison poulaga ». Un « fonctionnaire de police tout à fait exceptionnel par ses états de service », note plus sobrement le juge d'instruction chargé de l'affaire. Enragé, il refuse les promotions pour « rester sur le terrain », mais avec des méthodes litigieuses. Ses indics, les « tontons » dans le jargon, sont aussi ses amis. Les frontières sont poreuses...
 
En garde à vue, Michel Neyret reconnaît de nombreux faits, comme avoir renseigné ses informateurs grâce aux fiches policières confidentielles. En revanche, il a toujours nié avoir reçu de la monnaie sonnante et trébuchante pour ces renseignements. Oui, on lui a payé quelques voyages, des montres, des vêtements, mais ce serait par « amitié », assure-t-il. Une défense qui laisse « sceptique » le juge d'instruction. Le magistrat pointe l'ambiguïté des liens du commissaire avec ses informateurs, dont beaucoup sont des « relations crapuleuses ».
 
Stéphane Alzraa, par exemple, homme d'affaires franco-israélien, plusieurs fois condamné pour fraude fiscale et abus de biens sociaux. En échange de séjours dans des hôtels de luxe ou dans sa villa avec piscine près de Cannes, où il fournit lui-même les masseuses au commissaire, il bénéficie des renseignements obtenus par Neyret, pour lui et ses associés. Placé en détention provisoire dans cette affaire, puis sous contrôle judiciaire, il est retrouvé, en juillet 2013, dans un « appartement de haut standing » à Cannes, avec une starlette de téléréalité et des liasses de billets de 50 euros. De nouveau incarcéré, il s'est évadé en décembre 2015 de la prison de Corbas (Rhône).
 
Les autres tontons, les petits, Neyret les rémunère en dope. Une vieille pratique, assure-t-il, qui permet de fidéliser ses informateurs et d'obtenir des résultats dans la lutte contre le grand banditisme et la criminalité organisée. Outre la corruption et le trafic d'influence passifs, l'ancien commissaire divisionnaire est donc aussi poursuivi pour infraction à la législation sur les stupéfiants.
 
Des indics rémunérés avec de la drogue ? « Avant, la police fermait les yeux », assure Gilles Guillotin, ancien numéro 2 de la PJ grenobloise, également mis en examen dans cette affaire pour avoir détourné plusieurs kilos de résine de cannabis, placés sous scellés. Écœuré par cette affaire qui lui a coûté son métier, l'ancien flic se lâche dans un livre sorti fin mars, 33 Ans flic pour rien ? (éd. Temporis) : « C'est le bal des hypocrites. » Il voit là un règlement de comptes au sein de la police doublé d'un écran de fumée voulu par le pouvoir politique et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Claude Géant, pour faire oublier l'affaire Bettencourt. « Neyret a été encensé par sa direction pendant des décennies pour des résultats qui fonctionnaient, atteints avec des méthodes que tout un chacun connaissait. Sa hiérarchie, bien sûr, mais aussi les magistrats, les parquetiers, les politiques », écrit-il.
 
Chacun s'accorde, en tout cas, à dire que Neyret n'en a tiré aucun profit. Dans son ordonnance de renvoi, le juge d'instruction a cette phrase assassine : « C'est sans doute davantage en termes de satisfaction égocentrique qu'il faut chercher la finalité de son action. »
Dix jours d'audience sont prévus jusqu'au 24 mai.

Tafta: Greenpeace confirme toutes les craintes

Tafta: Greenpeace confirme toutes les craintes

Lundi, 2 Mai, 2016
Humanite.fr

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AFP
Greenpeace a publié près de 250 pages des négociations du projet de traité de libre-échange transatlantique, entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Son contenu confirme bien les craintes exprimées par des années par l’Humanité, que cet accord sert avant tout les intérêts des multinationales, contre le bien commun. Et la divulgation de ce texte pourrait bien compliquer les négociations.
« Derrière un texte juridique ardu, des formules alambiquées et subtiles, et après une première analyse, ces documents montrent l’ampleur et la portée du sacrifice que devront faire les citoyens de l’Union européenne et des États-Unis afin de satisfaire les intérêts des multinationales, explique Jean-François Julliard, Directeur Général de Greenpeace France. Il est temps d’arrêter ces négociations et d’entamer le débat. »
En publiant ces 250 pages Greenpeace confirme bien que ce traité, négocié dans le plus grand secret, place les intérêts économiques des multinationales avant le bien commun. La santé et l’environnement sont sacrifiés. « Les effets du traité sont à priori subtils mais seront finalement dévastateurs, explique Greenpeace. Les lois européennes seraient jugées en fonction de leurs conséquences sur le commerce et l’investissement, au détriment de l’environnement et de la santé. » Voir en détail ci-dessous.
Ce que montre également ce document c’est que les désaccords restent profonds entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. En négociation depuis 2013, ce traité vise à abolir les barrières commerciales entre les deux continents, en uniformisant notamment les normes sanitaires et environnementales.
"Ils reflètent les positions de négociation de chaque partie et rien d'autre", estime la commissaire au Commerce Cecilia Malmström. "Et ce n'est une surprise pour personne qu'il y a des domaines où l'UE et les Etats-Unis ont des points de vue différents". "Aucun accord commercial de l'UE n'abaissera jamais notre niveau de protection des consommateurs, de sécurité alimentaire ou de protection de l'environnement" a-t-elle affirmé. "Dans certains domaines, où nous sommes encore trop éloignés les uns des autres dans la négociation, il n'y aura tout simplement pas d'accord".

Les grandes inquiétudes pointées par Greenpeace

  • Les grands principes qui régissent la protection de l’environnement et la santé des consommateurs en Europe mis à mal : sous la forte pression des États-Unis, le principe de précaution serait remplacé par une approche basée sur le « management du risque ». Il s’agirait de gérer le risque plutôt que de l’éviter. Un produit pourrait être commercialisé massivement sans que le producteur ait à prouver son innocuité.
  • Les intérêts industriels avant et par-dessus tout : ces documents révèlent à quel point l’industrie, des deux côtés de l’Atlantique, a l’oreille attentive des négociateurs. On pense à l’influence de l’Association américaine de l’industrie chimique, citée à plusieurs reprises. Dans le même temps, d’autres parties du texte montrent une prise en compte encore plus importante qu’aujourd’hui des intérêts industriels dans les prises de décisions règlementaires.
  • La lutte contre les changements climatiques, une contrainte : les mesures de réduction d’émission de gaz à effet de serre pourraient être empêchées dans les chapitres sur la « coopération règlementaire » ou « l’accès des biens industriels aux marchés ». Par exemple, les mesures visant à limiter l’importation de pétrole à fortes émissions de CO2, comme celui issu des sables bitumineux, seraient empêchées.
Jean-François Julliard Directeur Général de Greenpeace France.  « Nous demandons aux citoyens, à la société civile, aux responsables politiques et aux industriels de s’emparer de ce texte et de s’engager ouvertement dans le débat, Nous demandons aux négociateurs de diffuser les textes les plus récents, dans leur version complète. Tant que tous ces sujets de préoccupation n’auront pas été pris en compte, nous demandons que les négociations soient interrompues. Parce que les règles qui garantissent notre santé et celle de la planète méritent un véritable débat ».
  • Les documents. Greenpeace Pays-Bas a diffusé environ les deux tiers du texte non définitif daté d’avril 2016, soit avant le début du 13e round des négociations du TTIP qui a eu lieu à New York, du 25 au 29 avril 2016. Le document final comporterait entre 25 et 30 chapitres avec de nombreuses annexes.

Un cas de conscience pour les députés face au projet de loi El Khomri

Un cas de conscience pour les députés face au projet de loi El Khomri

gérard le puil
Lundi, 2 Mai, 2016
Humanite.fr

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Photo : Loic Venance/AFP
En dépit de la mobilisation qui a connu une nouvelle étape hier contre le projet de loi El Khomri, le texte sera discuté à partir de demain à l’Assemblée nationale. Le débat risque de durer puisque près de 5 000 amendements ont été déposés par les députés, dont un très grand nombre par les parlementaires du Front de gauche opposés à ce texte.
Les députés socialistes ont aussi déposé de nombreux amendements, certains en phase avec ce que souhaite le gouvernement, d’autres plus proches des positions défendues par les députés du Front de gauche. On pourra voir quelle sera l’attitude du gouvernement par la voix de la ministre du Travail. Cette dernière s’est contentée de dire hier sur Europe 1 que « l’heure du Parlement est venue ». On peut aussi penser que la droite tentera de jouer les arbitres chaque fois qu’elle pourra trouver une majorité de députés pour voter des amendements favorables aux attentes de Pierre Gattaz et du MEDEF.
On a beaucoup commenté ces derniers jours la baisse du chômage en mars. Elle a été de 62 400 pour les demandeurs d’emploi de catégorie A, ceux qui n’ont pas travaillé du tout  durant le mois. Mais la France comptait pourtant 3,79 millions de chômeurs en catégorie A au 31 mars 2016. Ils étaient 3,16 millions au début du quinquennat de François Hollande. Enfin, on a moins parlé ces derniers jours de la hausse du nombre de demandeurs d’emplois inscrits dans les catégories B et C. Ceux là travaillent quelques heures dans le mois, mais pas assez pour être sortis des statistiques du chômage. Leur nombre a augmenté de 52.800 en mars, ce qui ramène la réduction totale du nombre total de chômeurs à 9.600 personnes pour le mois.
On a aussi appris vendredi dernier que la croissance de l’économie française avait été de 0,5%  pour le premier trimestre de l’année. Si le chiffre est intéressant à première vue, il convient de noter que la douceur de l’hiver n’a jamais perturbé les secteurs économiques dont la production aurait pu être freinée par le mauvais temps dans l’agriculture comme dans le bâtiment et les travaux publics. Mais on estime surtout que les trois quarts du demi-point d’augmentation de l’activité économique de ce trimestre sont imputables à la baisse du prix du pétrole qui augmente les marges des entreprises et donne un surplus de pouvoir d’achats à des millions de travailleurs indépendants et de salariés qui utilisent un véhicule pour travailler ou pour se rendre au travail.

Le gouvernement a favorisé l’expression d’une majorité d’actionnaires

On peut aussi penser que le gavage du patronat par des aides gouvernementales comme le Contrat Investissement Compétitivité Emploi( CICE ) a pu avoir quelques effets en termes de relance de l’activité, via les investissements, sans toutefois modifier la logique de la course aux profits et de la rémunération des profiteurs, qu’ils soient actionnaires ou PDG. Ainsi, le salaire annuel de Carlos Tavares est passé de 2,7 millions d’euros en 2014 à 5,2  millions d’euros en 2015 à la tête du groupe Peugeot. Pour ne pas être en reste, le salaire de Carlos Ghosn à la tête de Renault a été porté à 7,251 millions d’euros en 2015, soit une augmentation 54%. Certes, en sa qualité d’actionnaire du groupe, le gouvernement a favorisé l’expression d’une majorité d’actionnaires qui ont voté contre cette hausse lors de l’assemblée des actionnaires. Mais le Conseil d’administration du groupe Renault a fait valoir que ce vote n’était qu’indicatif  et ne remettait pas en cause le droit des administrateurs de fixer librement le salaire du PDG, par ailleurs PDG du groupe Nissan avec un autre salaire à la clé !
Dans le projet de Loi El Khomri soumis demain à l’examen du Parlement, il n’y a rien pour introduire la moindre limitation des salaires indécents des dirigeants d’entreprise. Mais le point 2 de ce projet de loi  indique qu’un accord d’entreprise - dont on peut imaginer qu’il sera souvent obtenu par du chantage à la fermeture via la délocalisation- pourra abaisser le taux de majoration des heures supplémentaires à 10%  dans le cadre d’une augmentation du temps de travail jusqu’à 12 heures par jour. Dans le cadre du droit actuel ces heures supplémentaires seraient majorées pour partie de 25%  et pour partie de 50%.

La grande distribution a utilisé le CICE depuis 2013 pour piller ses fournisseurs

On peut donc penser qu’il sera plus profitable au patronat de faire tourner des entreprises, notamment sous-traitantes, en sous-effectifs permanent dès lors que des heures supplémentaires majorées à seulement 10%  éviteront d’embaucher. Voilà qui contribuera à augmenter le chômage au lieu de le réduire. Cette pratique sera d’autant plus tentante que le point 4 du projet El Khomri, s’il est adopté, permettra de négocier des baisses de salaires dans le cadre d’accords de compétitivité, allant même jusqu’à supprimer des avantages acquis comme le treizième mois et la prime annuelle d’intéressement. Si elle était votée, cette loi qui fait reculer les droits collectifs des travailleurs, permettrait  en grande firmes disposant de nombreuses filiales - mais aussi aux donneurs d’ordres qui  font travailler des sous-traitants - d’accroître la concurrence, de transformer leurs fournisseurs en esclavagistes eux-mêmes précarisés pour conserver des débouchés.
A ce propos, il est bon de rappeler comment la grande distribution a utilisé le CICE depuis 2013 pour piller ses fournisseurs quand il s’agit des PME de l’agroalimentaire, très nombreuses en France. Cette ristourne fiscale (4% en 2013 et 6% depuis 2014) versée chaque année à toutes les entreprises pour tous les salaires bruts inférieurs à 2,5 SMIC est massivement perçue par les enseignes de la grande distribution. Mais cela ne leur suffit pas. Avec les moyens de pression qui leur ont été donnés avec la Loi de modernisation économique (LME). Elle fut votée en 2009 par la droite, suite au rapport Attali-Macron commandé par Sarkozy sur une suggestion de Michel-Edouard Leclerc. Depuis, les distributeurs ont fait baisser de 6 points les marges brutes des PME  de l’agroalimentaire. Comment ?  Pour l’essentiel en exigeant dans les négociations annuelles sur les prix  d’achat des denrées qui seront référencés pendant douze mois dans les grandes surfaces, que ces entreprises leur consentent un rabais sur les prix égal à la moitié  des sommes perçues par elles de l’Etat au titre du CICE! Au nom de la défense des consommateur bien sûr. Mais au point que ces entreprises n’investissent plus alors qu’elles ont besoin de se moderniser expliquait récemment Jean-Philippe Girard, président de l’Association nationale des industries alimentaire (ANIA) lors d’une conférence de presse.

Exiger le retrait

Enfin, ce projet de loi prévoit dans son article 44 que la visite médicale d’embauche ne sera plus obligatoire. Il y aura seulement « une visite d’aptitude pour les salariés occupant un poste présentant des risques particuliers pour sa santé ou sa sécurité». De même, le licenciement pour inaptitude à occuper tel ou tel poste quand  on est usé par le travail devient dans ce projet de loi un licenciement pour  « motif personnel». On évolue ainsi vers un  recul des reclassements sur des postes allégés au profit d’un tri sélectif permanent des salariés usés par deux ou trois décennies de travail pénible. Avec cette loi, ils seront jetés dehors comme on jette des déchets dans la benne à ordures. Voilà aussi pourquoi ce projet de loi doit poser un problème de conscience à bien des parlementaires. A commencer par ceux qui se réclament de Jaurès ou de Blum.
Car tous ces articles montrent que dans ce projet de loi se niche un double objectif : accentuer l’exploitation des gens au travail et s’en débarrasser quand les dommages causés sur eux par cette surexploitation ne leur permet plus d’être assez performants aux yeux des employeurs. C’est une raison largement suffisante pour en exiger le retrait.

« L’attitude des forces de l’ordre est irresponsable »

« L’attitude des forces de l’ordre est irresponsable »

Pierre Duquesne
Vendredi, 29 Avril, 2016
L'Humanité

Des violences policières ont été constatées dans tous les cortèges, hier. Et cette stratégie de la tension, visible depuis le début du mouvement, ne cesse de s’intensifier.
Le ministre de l’Intérieur veut-il de nouveaux Malik Oussekine  et Rémi Fraysse ? On peut se le demander, au vu de l’ampleur des violences policières constatées, hier, dans tous les défilés contre la loi El Khomri. Et ce, dès les premières heures de la matinée. À Gennevilliers, un dispositif policier démesuré a accueilli 200 manifestants à proximité du port de cette ville des Hauts-de-Seine. Salariés, étudiants, chômeurs et syndicats de Saint-Denis avaient décidé, en AG interprofessionnelle, de bloquer son entrée pour soutenir les salariés du site et perturber les transports, avec barrage filtrant. Mais les militants, pacifiques, ont été chassés par des CRS très agressifs. Charges violentes, matraquage, gazage se poursuivront à Saint-Denis, lorsque les manifestants tenteront de rejoindre la bourse du travail. Une nasse policière est mise en place, et une centaine de militants sont interpellés. Un syndicaliste de SUD Rail, Nicolas Palmire, et le sociologue Nicolas Jounin, sont placés en garde à vue pour violence, alors même qu’ils ont été blessés à la tête.
À Marseille, le camion de l’Union syndicale Solidaires a été touché par des tirs tendus de grenades lacrymogènes et de flashballs. Un responsable local, touché à la gorge, a été hospitalisé. Des drones sont apparus dans le ciel parisien pour surveiller le défilé.
À Nantes, les CRS ont préféré charger un cortège de 20 000 personnes plutôt que d’isoler un petit groupe de casseurs (lire page 6). « Leur attitude est irresponsable, a réagi Fabrice David secrétaire général de la CGT 44. Ils ont cassé le cortège en deux, alors que tout se passait bien. Ils nous ont canardés. » Sous le choc, de nombreux militants exigent aujourd’hui des comptes. « J’ai vu une femme d’une cinquantaine d’années, manifestant comme moi à visage découvert et ne manifestant pas le moindre signe d’agressivité frappée de plein fouet, dans le dos par un projectile visiblement tiré à tir tendu », écrit Aymeric Seassau, adjoint au maire de Nantes et secrétaire départemental du PCF, dans une lettre envoyée hier au préfet, demandant que « les forces de police retrouvent le sens du discernement à Nantes ».
Cette politique répressive dure depuis le début du mouvement. À Rennes, neuf manifestants ont été poursuivis pour avoir participé à la manifestation du 31 mars et du 9 avril. Accusés de rébellion et d’outrage, sept d’entre eux ont été condamnés cette semaine à six mois de prison avec sursis assortis d’une obligation de 110 heures de travail d’intérêt général, un huitième à trois mois de sursis. Et deux mois de prison ferme pour un délégué CGT de PSA Rennes, Fabrice Rouillaux, qui a refusé les prélèvements ADN et les travaux d’intérêt général. La justice continue « à s’en prendre aux militants CGT et à la liberté de manifester dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail », avait dénoncé Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central de PSA. Qui prévient : « Si le gouvernement pense pouvoir faire baisser la tête et intimider les militants de la CGT par cette politique de répression, il fait fausse route. »

Des policiers frappent des personnes menottées place de la République

Des policiers frappent des personnes menottées place de la République

Dimanche, 1 Mai, 2016
Humanite.fr

Matthieu Bareyre, réalisateur et son ingénieur du son Thibaut Dufait tournaient place de la République à Paris le soir du 28 avril 2016. C'est en montant les images qu'ils ont découvert des plans insoutenables où des policier frappent des manifestants menottés. Ils nous ont transmis leurs images
 
 
24 personnes ont été mises en garde à vue Place de la République ce soir-là. 

Jacqueline Fraysse : « Le gouvernement sous-estime ce qui se passe »

Jacqueline Fraysse : « Le gouvernement sous-estime ce qui se passe »

Assemblée Nationale
Entretien réalisé par Sébastien Crépel
Lundi, 2 Mai, 2016
L'Humanité

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Photo : Francine Bajande
Membre de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, Jacqueline Fraysse met en garde l’exécutif contre les méthodes autoritaires pour en finir avec le mouvement social.
Quelle est votre réaction après les violences policières qui ont été amplement commentées depuis jeudi, et qui ont visé des manifestants pacifiques ?
Jacqueline Fraysse C’est un signe de faiblesse pour ne pas dire d’affolement. Le gouvernement perd son sang-froid, il s’obstine devant une fronde qui devrait l’alerter et le faire réfléchir, au lieu de cela, il décide de faire examiner son texte par l’Assemblée nationale comme s’il ne se passait rien. Mais malgré l’enfumage, les manœuvres, les modifications à la marge introduites pour calmer le jeu, cela ne marche pas. Le gouvernement a sous-estimé l’ampleur de ce qui se passe et de ce qui se dit dans ces mouvements syndicaux et citoyens. Mais les violences ne régleront rien. Au contraire, elles cristallisent davantage le mécontentement contre l’action du gouvernement. C’est une impasse très dangereuse.
Ces violences ne sont-elles pas utilisées pour discréditer un mouvement que le pouvoir ne parvient pas à décourager ?
Jacqueline Fraysse Dans de grands rassemblements, il est toujours possible que quelques casseurs en profitent pour régler d’autres comptes. Il faut prendre les mesures nécessaires, y compris dans l’intérêt des policiers eux-mêmes, car quand on cogne, il y a des coups des deux côtés. Mais des scènes ont été filmées qui montrent des agents s’en prenant à des citoyens qui ne font qu’exprimer une opinion. C’est intolérable. L’objectif est évidemment de discréditer le mouvement. On évite ainsi de traiter des sujets de fond soulevés par l’immense majorité des manifestants qui défilent dans le calme.
Qu’est-ce qu’expriment, selon vous, ces mouvements syndicaux ou citoyens comme Nuit debout ?
Jacqueline Fraysse Notre société est en pleine mutation, avec la révolution numérique à l’œuvre dans tous les domaines de la vie. Et il y a cette exaspération légitime qui monte concernant l’utilisation des richesses, les inégalités qui se creusent. La contestation de ce texte sur le travail est la porte d’entrée d’un mouvement plus profond et plus large, qui tend à remettre en cause l’organisation même de notre société. Il a donc besoin de temps pour avancer, et c’est cela qu’il est intéressant. Quelle traduction politique ces échanges auront-ils ? Il est impossible de le dire à l’avance, mais il faut passer par l’étape de ces débats pour analyser, réfléchir et être en mesure de proposer quelque chose d’autre.
Quelle sera votre position dans le débat sur le projet de loi qui démarre demain à l’Assemblée nationale ?
Jacqueline Fraysse Les choses ne sont pas terminées, bien que le gouvernement ait l’air de l’ignorer. Il se trouve, du fait de son obstination imbécile, dans une situation compliquée, avec le possible refus, pour des raisons diverses, d’une majorité de députés de voter son texte. Il pourrait alors être tenté d’user de méthodes autoritaires comme le 49-3. Notre stratégie est la suivante : nous avons déposé de nombreux amendements à la fois pour pouvoir nous exprimer sur l’ensemble du texte, du fait d’un règlement extrêmement strict qui ne nous laisse que dix minutes dans le débat général et deux minutes par article ! Sur le fond, nous proposerons d’abroger toutes les dispositions assassines – et il y en a beaucoup, c’est pourquoi le plus sage serait de retirer ce texte. Et nous formulerons des propositions alternatives car nous ne sommes pas pour le statu quo. Il y a des droits à conforter et à élargir dans le Code actuel, notamment pour prendre en compte les situations nouvelles de ceux qui en sont exclus car ils ne sont ni salariés, ni réellement travailleurs indépendants.
Jacqueline Fraysse, Députée Front de gauche des Hauts-de-Seine

Manifestations: appel de politiques de gauche et d'intellectuels contre l'usage des flash-ball

Manifestations: appel de politiques de gauche et d'intellectuels contre l'usage des flash-ball

Dimanche, 1 Mai, 2016
Humanite.fr

Des élus de gauche, dont Pierre Laurent, Aurélie Filipetti ou Daniel Cohn Bendit, et représentants du monde culturel, comme Etienne Balibar, Annie Ernaux ou Robert Guédiguian ont lancé dimanche un "appel contre l'usage des flash-balls et lanceurs de balles de défense" dans les manifestations.
Dans cet appel diffusé le 1er mai  les signataires rappellent qu'"un étudiant de Rennes, lors de la manifestation du 28 avril contre la loi El Khomri, a perdu un oeil suite à un tir" d'une de ces armes LBD, dites "intermédiaires".
 
Ils notent que ces armes ont, selon l'Association des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), fait "en France, entre 2004 et 2015, 39 blessés graves et un mort", et rappellent que le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a recommandé en juillet dernier "d'interdire l'usage du +flash-ball superpro+ dans un contexte de mobilisation".
 
M. Toubon avait "aussi demandé la réintroduction de certaines précautions d'emplois (zones de tir, avertissements), pour l'usage des LBD, lanceurs de balles de défense 40/46, une arme plus puissante et plus précise que le flash-ball", poursuivent-ils, regrettant que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, se soit à l'époque "opposé à ces mesures".
 
Après de nouveaux incidents jeudi, "en citoyens, nous demandons à l'Etat de faire enfin droit à toutes les recommandations du Défenseur des droits, en parents, nous demandons l'interdiction de l'usage des LBD", écrivent les signataires.
 
Cet appel a été jusqu'alors signé entre autres, côté politiques, par Jean-Luc Mélenchon (PG), Olivier Besancenot (NPA), David Cormand (EELV), Noël Mamère, ou Danielle Simonnet (PG).
 
Au nombre de signataires, figurent aussi jusqu'alors les avocats Arié Alimi, Antoine Comte et Dominique Tricaud, les écrivains Annie Ernaux, Laurent Binet et Gérard Mordillat, les chercheurs Jean-Marc Salmon, Christian Salomon et Fethi Benslama, les cinéastes Dominique Cabrera, Rokhaya Diallo ou l'essayiste Raphaël Glücksman.