lundi 2 janvier 2017

Turquie. Remise en liberté d’Asli Erdogan

Turquie. Remise en liberté d’Asli Erdogan

Lina Sankari
Vendredi, 30 Décembre, 2016
L'Humanité

rassemblement, jeudi, devant le tribunal d’istanbul, avec pour slogan : « la liberté des écrivains n’est pas garantie ». photo ozan kose/afp
rassemblement, jeudi, devant le tribunal d’istanbul, avec pour slogan : « la liberté des écrivains n’est pas garantie ». photo ozan kose/afp
AFP
Jeudi, à l’ouverture de son procès, le tribunal a ordonné la remise en liberté sous contrôle judiciaire de la romancière turque. Son procès reprend la semaine prochaine.
Le tribunal d’Istanbul a ordonné jeudi, à l’ouverture de leur procès, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de l’écrivaine turque Asli Erdogan et de la linguiste et philosophe Necmiye Alpay, qui étaient citées à comparaître avec sept autres intellectuels pour appartenance à une « organisation terroriste », « propagande en faveur d’une organisation terroriste » et « incitation au désordre ». En détention préventive depuis plus de quatre mois, Asli Erdogan, 49 ans, et Necmiye Alpay, 70 ans, devaient sortir de la prison pour femmes de Bakirköy dans la soirée d’hier. Elles ne sont pas pour autant acquittées : leur procès se poursuivra la semaine prochaine.
Le 10 novembre dernier, le parquet d’Istanbul avait requis la prison à perpétuité pour avoir écrit et collaboré au journal d’opposition Özgür Gündem. Dans l’un de ses textes, Asli Erdogan avait dénoncé les crimes contre l’humanité du président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Kurdistan et l’état de siège régnant sur l’ensemble du territoire depuis le coup d’État avorté du 15 juillet.
Toutes deux ont été accusées par le pouvoir islamo-conservateur d’appartenir au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, classé organisation terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles), une formation dont elles ne se sont par ailleurs jamais revendiquées. Leur arrestation a eu lieu dans le cadre de la vaste chasse aux sorcières menée dans l’armée, la justice, la police, la presse, les ONG et la culture, qui a abouti à l’arrestation de 35 000 personnes. Alors que le ministère de la Justice turc avait tout mis en œuvre pour qu’aucun observateur, journaliste ni diplomate ne puisse assister au procès, Asli Erdogan aurait déclaré à l’ouverture de l’audience : « Il ne me revient pas d’expliquer le droit à une salle remplie de juristes. Défendre la justice, c’est votre devoir. Je passe dans l’histoire comme la première femme de lettres jugée dans ce siècle avec une perpétuité aggravée en lieu et place de la peine de mort. Je me défendrai comme si le droit était respecté. »

« Cette affaire : une honte pour la Turquie... »

Une mobilisation d’ampleur internationale est née dans les jours qui ont suivi le coup de filet contre ces intellectuelles. Des lectures des textes d’Asli Erdogan, lauréate de nombreux prix, étaient organisées sur l’ensemble du continent européen. Cette dernière a souvent dénoncé la torture et les conditions de détention en Turquie. Elle-même souffre d’asthme et de diabète, et ses proches ont souvent alerté sur une détérioration de sa santé en prison. Hier, un comité de soutien s’était réuni dans le silence à l’extérieur du tribunal afin de ne pas tendre l’atmosphère dans et hors de l’enceinte. « Nous sommes ici par solidarité avec les prévenus et pour défendre la démocratie. C’est maintenant ou jamais qu’il faut le faire, après, il sera trop tard, la dictature sera là », a ainsi déclaré Murat, 48 ans, à l’Agence France Presse. « Cette affaire est une honte pour la Turquie, une honte pour Recep Tayyip Erdogan et une honte pour l’Europe, qui ne fait rien pour soutenir la liberté d’expression », a de son côté expliqué Leyla Kizilkaya, soutien de l’écrivaine. De fait, les dirigeants européens ont très mollement élevé la voix, craignant que le président Erdogan mette ses menaces de laisser les 2,7 millions de réfugiés syriens présents sur son territoire passer les frontières.

Turquie. Un homme armé commet un massacre dans une discothèque

Turquie. Un homme armé commet un massacre dans une discothèque

Dimanche, 1 Janvier, 2017
Humanite.fr

Au moins 39 personnes ont été tuées, dimanche 1er janvier par un assaillant déguisé en père Noël, dans une discothèque huppée d'Istanbul où des centaines de Turcs et étrangers célébraient le Nouvel An.
L'assaillant qui a ouvert le feu dans une boîte de nuit d'Istanbul a tué au moins 39 personnes et en a blessé 70 autres, dont 3 Français, au cours de la nuit du Nouvel an. Il n'a toujours pas été retrouvé, a annoncé dimanche matin le ministre turc de l'Intérieur. "Une chasse à l'homme est en cours pour retrouver le terroriste", a dit Suleyman Soylu à la presse. "La police a lancé des opération. Nous espérons que l'assaillant sera rapidement capturé."
 
Seuls 21 corps ont été identifiés jusqu'à présent, a-t-il dit. A ce stade, une quinzaine d'étrangers sont au nombre des tués dans la boîte de nuit. 

Un acte terroriste

 
"Un terroriste avec une arme de gros calibre a commis cet acte brutal et sauvage, en ouvrant le feu sur des innocents qui étaient là pour fêter la nouvelle année et s'amuser", a dit à la presse le gouverneur d'Istanbul, Vasip Sahin, qui a parlé d'attentat terroriste.

Algérie. Abdelmalek Sellal vante les oranges de l’austérité

Algérie. Abdelmalek Sellal vante les oranges de l’austérité

Rosa Moussaoui
Vendredi, 30 Décembre, 2016
L'Humanité

Dans une intervention télévisée, mercredi, le premier ministre a tenté de justifier les coupes budgétaires.
Qu’il paraît loin, le temps de l’euphorie et du baril de pétrole à 100 dollars, quand les dirigeants algériens fanfaronnaient sur le niveau des réserves de change du pays… Mercredi soir, dans un entretien à la télévision nationale, le premier ministre Abdelmalek Sellal a tenté, après l’adoption de la loi de finances 2017, de justifier les choix d’austérité adoptés par Alger pour faire face au déclin de la rente liée aux hydrocarbures. L’Algérie, qui tire du pétrole et du gaz 95 % de ses recettes d’exportation et 60 % des recettes de l’État, est engagée sur des sentiers escarpés… Depuis 2014, la chute mondiale des cours des hydrocarbures a durement affecté l’économie du pays, avec un taux de croissance qui plafonnait à 3,9 % en 2016. D’où le doublement du déficit budgétaire, qui a poussé l’Algérie à renouer avec l’endettement et à puiser dans le Fonds de stabilisation pétrolier. Pour augmenter artificiellement les recettes, le gouvernement a aussi opté pour une forte dévaluation du dinar, avec de sévères répercussions sur le pouvoir d’achat.

Un chef de gouvernement qui navigue à vue

Mercredi soir, Abdelmalek Sellal s’est voulu rassurant. Mais il a surtout donné l’image d’un chef de gouvernement qui navigue à vue, sans projet politique cohérent, sans vision stratégique pour extirper l’économie algérienne de la tourmente. « Tous les indicateurs macroéconomiques montrent qu’on maîtrise les choses. Dans beaucoup de domaines, il y a une amélioration. (...) J’entends dire qu’il y a une appréhension. On ne va pas renoncer à notre modèle de gestion du pays sur le plan social et économique. Nous sommes une République démocratique et sociale et l’État est toujours aux côtés des plus faibles. Inch Allah, il n’y aura pas de problème », a-t-il lancé, en conseillant aux Algériens de privilégier la consommation de produits de saison, comme les oranges, pour limiter le recours aux produits importés.
La réalité est plus cruelle, avec la hausse de deux points de la TVA, le relèvement des taxes sur le foncier, le gel des recrutements et des salaires dans la fonction publique et les entreprises d’État, l’augmentation des prix de l’énergie, la réforme programmée du régime des retraites ainsi que le report des projets d’infrastructures jugés « non prioritaires ». Autant de mesures d’austérité aux conséquences sociales et politiques potentiellement explosives. Jusqu’ici, la rente pétrolière avait alimenté le saupoudrage social, dans un contexte d’instabilité régionale. Désormais, c’est le spectre des dangereux effets de la crise de 1986 qui hante l’Algérie.

Plus de 50 000 Algériens fichés pour « terrorisme »
Le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a confirmé lundi dernier, devant  les sénateurs, l’existence d’une base de données centralisée, créée il y a deux ans, qui recense tous les Algériens poursuivis, depuis le début des années 1990, pour « terrorisme ». Avec, au total, 54 457 personnes fichées. Parmi elles, des personnes condamnées pour des actes
de terrorisme, des individus amnistiés dans le cadre de la politique dite de « réconciliation » d’Abdelaziz Bouteflika, mais aussi des suspects qui n’ont pas encore été jugés. Alger revendique ce fichage massif comme un gage de « vigilance », dans un contexte d’instabilité régionale et de tension aux frontières malienne, tunisienne et libyenne. Les militaires
ont multiplié, en 2016, les opérations antiterroristes. Bilan, selon l’armée : 350 individus « neutralisés », dont 125 abattus et 225 arrêtés, et la saisie d’un important arsenal, comprenant des armes lourdes.
Journaliste à la rubrique Monde

Lisbonne. Wanna weed, coke, MD… ?

Lisbonne. Wanna weed, coke, MD… ?

Jean-Marc Pasquet
Samedi, 31 Décembre, 2016
Humanite.fr

La Rua dos Anjos dans le quartier de la Mouraria à Lisbonne
La Rua dos Anjos dans le quartier de la Mouraria à Lisbonne
Photo : Jean-Marc Pasquet
Correspondance. Comment la dépénalisation associée à une politique de prévention et à un accompagnement des personnes dépendantes a conduit à une baisse de la consommation de drogue et de la criminalité qui lui est associée au Portugal. Un exemple à suivre ?
A Intendente, en remontant la rua dos Anjos vers le cœur de la Mouraria, des prostituées africaines habillées court dissimulent leur pipe de haschich. De quoi ne pas être à portée de vue du couple de policiers en faction, tout proche. L’odeur mêlée à celle du tabac se fond aux senteurs épicées des petits restaurants de ce quartier métissé. En descendant, bercé par les effluves, on trouve de tout, à deux pas du métro Rossio. Et parfois même de l’aspirine. Encore un peu plus loin, en s’enfonçant dans le Lisbonne touristique, des vendeurs à la sauvette de substances présentées comme illicites. Ils se mélangent aux touristes, en quête de souvenirs. Ils les hèlent au grand jour. Certains sont interloqués. Puis, le quartier de la soif du Bairro Alto. Le Magic Mushroom, aujourd’hui fermé. C’était une sorte de supérette de la simili dope. Substituts et autres substances hallucinogènes étaient commercialisés dans de sémillants emballages. Sur les pochettes, le détail des effets attendus de la marchandise. Une vendeuse était toujours disponible pour diriger le client en fonction des attentes. Et puis, la demande s’est tassée. Avant que ce pas-de-porte ne change d’enseigne pour vendre aujourd’hui des confiseries. Il a gardé le souvenir ancien et présente en un clin d’oeil ses fraises Tagada comme de puissants euphorisants. A rebours d’une tendance française. Le Portugal a décriminalisé l’usage des drogues et enregistre des résultats à faire frémir tout candidat hexagonal à la présidentielle.

Portugal en rémission, France en pleine descente

Rapide panorama européen. L’estimation de la prévalence à la cocaïne dans la population générale, davantage consommée dans l’Ouest et le Sud de l’Europe, est quatre fois supérieure en France qu’au Portugal. Et même six fois plus si on ne retient que la tendance récente chez les jeunes adultes[1]. On retrouve de semblables écarts sur les amphétamines et le MDMA, plus présents dans le Nord et l’Est européen. Le cannabis quant à lui représenterait la plus grande part du marché des drogues illicites en Europe. 1% de la population européenne en consomme quotidiennement. Dans les autres tendances récentes[2], l’augmentation de la consommation des cannabinoïdes de synthèses, la diffusion de principes actifs historiquement élevés et l’usage détourné de médicaments, facilités également par le darknet.
La drogue lie étroitement les problématiques de santé et de sécurité publique. Le cannabis est aujourd’hui la cause de la majorité des admissions en hôpital pour usage de stupéfiants. Il est à l’origine des trois-quarts des infractions liées à la drogue. Plus de la moitié des revenus du crime organisé y sont liés. Tous les pays ne présentent pourtant pas les mêmes résultats vis-à-vis des addictions. Du côté de l’Observatoire européen des drogues, basé à Lisbonne, l’évaluation comparative des politiques publiques reste encore une zone grise des analyses.
La lecture des séries du rapport annuel produit par cette institution laisse à deviner réussites et échecs. Par exemple, sur le cannabis, le taux de prévalence français est proche de 40 % sur l’ensemble de la population. Cela comprend les mineurs de 15 à 16 ans dont c’est le premier usage illicite devant l’alcool. La France est seulement devancée par la dépendance au cannabis des jeunes de moins de 16 ans de la République tchèque. Contrairement aux autres pays à « forte prévalence » comme l’Allemagne et l’Espagne qui a même légalisé des « Cannabis social clubs », la tendance française est à la hausse depuis 2010. Au Portugal, les taux de prévalence sont respectivement inférieurs à 10% pour la population générale et 16% pour les mineurs, plutôt stables.
Taux de prévalence (%) différentes drogues en France / Portugal (2015)


D’autres indicateurs révèlent les divergences de trajectoires entre la France et le Portugal. Par exemple, le nombre de décès lié à l’usage des drogues. Il est de 227 pour un million d’habitants en France contre seulement 31 au Portugal. Il y a aussi la part des personnes incarcérées pour crimes liés à la drogue. Elle était de 41 % en 2001 chez nos voisins lusitaniens. Cette part a diminué par deux en 2015. L’emprisonnement se concentre désormais sur les trafiquants, seuls passibles de crimes. On les identifie sur la base des quantités dont ils sont porteurs. Une dizaine de jours de consommation usuelle selon les substances. Au delà, c’est la qualification de trafic qui s’impose. Un dernier chiffre, impressionnant : à la fin des années 1990, le Portugal voyait près de 1 % de sa population addictive à l’héroïne. Moins de la moitié aujourd’hui.



Changement de paradigme : priorité à la santé

Comment est-on arrivé à un tel renversement ? Le pays a changé d’approche. En modifiant le décret-loi de 1993, il a décriminalisé la consommation. Il a contingenté les usages, toujours passibles d’infractions. Mais ils ne sont plus qualifiés de « crime ». Il reste malgré tout interdit de produire et de vendre de la drogue : la pression sur l’offre est constante. Ce cadre a été posé par la loi du 29 novembre 2000 complété par le décret du 23 avril 2001. Il a fait basculer le Portugal vers une politique qui met l’accent sur la prévention des consommateurs. Depuis 2001, ce pays a redéployé ses moyens au bénéfice d’une approche sanitaire. Il s’appuie sur l’Institut de la Drogue et de la Toxicomanie[3] qui développe son action depuis une quinzaine d’années sur la base d’un postulat simple. « La personne qui se drogue n’est pas un criminel mais un malade ». L’autre clé de l’intervention publique, c’est le décloisonnement entre drogues dures et drogues douces. Le lien à l’addiction est travaillé dans tous les cas. L’action vise à réduire l’utilisation de substances et la toxicomanie, et à améliorer la protection de la santé des consommateurs.
Pour remplir sa mission, l’Institut s’appuie sur un réseau de « Comités de Dissuasion des Toxicomanies » (CDT) présent dans toutes les régions. Son action est pilotée grâce à une base de données individuelles. Un registre central établit la position des interpellés vis-à-vis de leur consommation ainsi que l’historique des mesures déjà mises en œuvre et des infractions. C’est une sorte de cartographie de la prévalence des consommateurs, un outil pour adapter à chaque individu interpellé les réponses en termes sanitaires et de sanction. Suivi au niveau des régions, il permet d’adapter localement les réponses préventives en lien avec les services de police, sociaux et de santé. Exemple d’un parcours type.


Le traitement avant la punition

     Je n’ai pas eu droit à une leçon de morale, on m’a donné un référent et un traitement en deux heures


photo : Nathalie Tiennot
Tribunal du District de Lisbonne (photo : Nathalie Tiennot)
Après son interpellation et son identification, Ana a été dirigée rapidement par la police vers un psychologue, puis un travailleur social. Un tribunal correctionnel aurait aussi pu le faire. Un fonctionnaire du ministère de la Justice la reçoit, après une éventuelle relance informelle ou écrite. Le pouvoir de sanction lui a été délégué. Dans les locaux discrets de l’unité du district de Lisbonne, les équipes pluridisciplinaires de la « Commissions de dissuasion » siègent à proximité de l’équivalent français des services de la Protection familiale. Elles reçoivent environ 2000 personnes par an, soit 20% des infractions nationales dont près des deux tiers en lien avec la consommation de Cannabis. Leur objectif est d’évaluer le lien avec la substance illicite plus que la substance elle même. L’intervention coordonnée et précoce des professionnels permet d’apprécier la motivation des individus, le potentiel de changement comportemental, ses pratiques sportives ou ses hobbys, son inclusion sociale. Au terme d’un questionnaire portant également sur l’environnement familial ou affectif, un plan d’action est préconisé. Il est établi selon un baromètre de risques, il comprend des conseils personnalisés sur la santé. Ces « CDT » font également fonction de tri. Elles sanctionnent aussi dans le cas de récidives, selon une gradation comparable à l’échelle de notre permis de conduire à points. De l’amende jusqu’aux travaux d’intérêt général. Ils rebasculent aussi les cas les plus lourds vers des dispositifs de soutien spécialisé, les centres de désintoxication ou de « réponses intégrées ». Ces derniers associent suivis psychologique, social et sanitaire des malades.

Autour de la table

C’est dans un cadre presque informel que le consommateur en infraction est la plupart du temps confronté aux membres de la Commission. Rassemblés avec lui autour d’une table ronde. Sans uniformes. La plupart des consommateurs interrogés sont tendus dans un premier temps. Ils répondent aux questions contenues dans un protocole. Jusqu’à ce se produise ce qu’un responsable de la CDT appelle « une empathie avec le malade ». Il apparaît dans l’essentiel des cas qu’un processus de « psychologie inversée » produise ses effets. Pour le consommateur, le bénéfice perçu de l’usage de la drogue est décroissant en fonction du recul de l’interdit. Il laisse place à un regard plus attentif de l’individu sur sa propre santé. D’autant que la première infraction ne sera pas suivie d’une sanction. Ainsi, les taux de récidives évalués par les Commissions oscillent en dessous de 6%, variables selon les régions. 80% des usagers qui passent devant la CDT s’orientent vers une plus grande maitrise de leur consommation, sa réduction ou son arrêt total. Le dossier type est celui d’un homme d’une trentaine d’années, peu d’étrangers. Il a un emploi dans environ 40 % des cas, avec une proportion élevée de chômeurs[4] et d’étudiants. Il est de Porto ou de Lisbonne et sera davantage porté sur le cannabis et la cocaïne. Ou de Braga, avec une forte prédisposition pour l’héroïne. Dans 80 % des cas, le suivi de la CDT s’interrompt après avoir constaté l’absence d’addiction. Et, dans 10 % des cas environ, après acceptation de son traitement par le patient.


photo : Nathalie Tiennot
Un bureau de la Protection familiale proche d’un Centre de dissuasion (photo : Nathalie Tiennot)

Une politique publique intégrée

La puissance de la politique publique portugaise réside dans son intégration. Depuis 2001, elle s’appuie sur un réseau dense. Un peu comme on suivrait un diabétique dont on sait que les périodes de fêtes riment avec les rechutes, l’organisation sanitaire s’est calée sur les parcours de vie. Le lien aux consommateurs est ainsi pensé pour être « accessible et inconditionnel ». Il est considéré comme un droit accordé à chaque citoyen.
    On ne laisse jamais tomber les gens…
Cette politique concerne tous les lieux que fréquentent les consommateurs, des plus socialement ancrés aux lisières de la société. Des maternités aux psychologues en milieu scolaire aux centres médicaux et sociaux, de l’accueil des personnes sans domicile fixe au Pôle Emploi local. Chacun doit pouvoir trouver un appui plutôt que de craindre le tribunal, la police ou de subir par une peine de prison une rupture professionnelle. Même dans l’entreprise, un programme de stabilisation pour les salariés en rémission, suivis par un tuteur, bénéficie d’allègements fiscaux. Les « malades » sont considérés dans leur statut de mère, de travailleur, d’exclu ou d’étudiant et non de délinquant.
La politique s’appuie également sur un réseau d’associations. Elles pratiquent un encadrement sanitaire et social dans les quartiers déshérités. Les équipes de rue pratiquent la médiation directement sur les lieux de consommation pour atteindre les publics les plus marginalisés. Plus agiles que les institutions, elles prolongent la politique de prévention. Le « Van méthadone » distribue au cas par cas des substituts aux matières dangereuses en sus des « Kit VIH » et d’antirétroviraux.
Les oiseaux de mauvais augure en sont pour leur frais. Après une poussée de la consommation au moment de la dépénalisation de 2001, la consommation n’a cessé de diminuer, en particulier chez les jeunes. Le taux de transmission du VIH chez les personnes droguées a été divisé par dix, la transmission des MST a également chuté. Les violences liées à des crises de manques ont chuté et la proportion des prisonniers liée à la drogue est passée de 40 % l’année 2001 à 20 % environ aujourd’hui. Les tribunaux ont été désencombrés par les CDT. Le coût du traitement de chaque cas par cette instance est inférieur d’un tiers à celui d’une Cour. Enfin, le Portugal n’est pas devenu une destination du tourisme des drogues illicites.
Pour autant, cette politique ne relève pas du miracle. La récente reprise de la consommation de certaines drogues chez les plus jeunes atteste de sa fragilité. Sans aucun doute, le consensus politique et sanitaire fort sont les clés de sa réussite. Il est soumis à la contrainte budgétaire depuis la crise qui correspond également à une période de plus grande récidive. A rebours de l’Europe sur une longue période, et singulièrement de la France qui tire des alarmes sans parvenir à protéger ceux « qui veulent essayer ». Aux Etats-Unis, les expériences de légalisation du cannabis au Colorado et dans l’Etat de Washington témoignent d’une diminution forte de la criminalité liée à la drogue. En France, on estime que le coût de la lutte contre les drogues avoisine les 600 millions d’euros par an. La simulation d’un modèle de monopole de production et de vente pourrait rapporter selon cette même étude plus d’un milliard d’euros et autant de possibilités de redéploiements de nos forces de sécurité[5]. Enraciné dans un terreau moral tenace, la prohibition française produit des résultats : notre pays cumule records de consommation de drogues et présente un modèle économique performant pour le grand banditisme.
[1] Estimation de la prévalence les 12 derniers mois chez les 15-34 ans : 0,4% au Portugal contre 2,4% en France. Source : rapport européen sur les drogues, 2016
[2] A noter l’affinement du suivi des consomma
tions en lien avec cette enquête en ligne du global Survey portant sur près de 200 000 déclarations cette année https://surveys.globaldrugsurvey.com/s3/GDS2017
[3] http://www.sicad.pt/pt/Paginas/default.aspx
[4] L’étude rétrospective des données Commissions révèle une proportion d’un peu plus d’un quart de chômeurs à mettre en relation avec l’importance du chômage sur une partie du cycle analysé : 2001 / 2014 (sources : SICAD)
[5] http://tnova.fr/etudes/cannabis-reguler-le-marche-pour-sortir-de-l-impasse

Élysée. Prendre au mot ce président qui a été élu en 2012

Élysée. Prendre au mot ce président qui a été élu en 2012

Lionel Venturini
Lundi, 2 Janvier, 2017
L'Humanité

Cérémonie de passation de pouvoirs, en mai 2012, entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Dans quelques mois, ce sera au tour de ce dernier de quitter l’Élysée. Photo : AFP
Cérémonie de passation de pouvoirs, en mai 2012, entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Dans quelques mois, ce sera au tour de ce dernier de quitter l’Élysée. Photo : AFP
Comment exister jusqu’au bout du mandat quand on ne se représente pas ? Pour le chef de l’État, samedi, dans ses vœux aux Français, l’équation passe par la scène internationale. Dans les quatre mois qui lui restent, il pourrait pourtant tant faire, lui répliquent huit personnalités.
Des vœux empreints « d’émotion et de gravité », dixit François Hollande : le service après-vente n’est jamais aussi bien assuré que par soi-même. Pour ses derniers vœux aux Français, alors qu’il lui reste quatre mois encore à l’Élysée, le chef de l’État n’a pas dérogé à la ligne qu’il s’est fixée depuis sa renonciation à se représenter : le président préside, se réserve la scène internationale, revenant notamment sur la menace terroriste, « il y a dans l’Histoire des périodes où tout peut basculer, nous en vivons une », a-t-il dit, avant de se rendre aujourd’hui en Irak « pour saluer nos soldats ». Il s’est fait l’avocat de son action – « les comptes publics ont été rétablis, la Sécurité sociale est à l’équilibre, la compétitivité de nos entreprises a été retrouvée, la construction de logements atteint un niveau record, l’investissement repart (...) le nombre de demandeurs d’emploi baisse enfin depuis un an » – pourquoi n’est-il donc pas candidat ?
À la droite de François Fillon et à l’extrême droite de Marine Le Pen, il adresse une mise en garde : « Le rôle des forces et personnalités politiques » est d’« éviter de brutaliser la société », quand le candidat de la droite
veut supprimer 500 000 emplois publics et couper dans les prestations sociales. Au FN, il réplique : « Comment imaginer notre pays recroquevillé derrière des murs, réduit à son seul marché intérieur, revenant à sa monnaie nationale et, en plus, en plus, discriminant ses enfants selon leurs origines ? »

Dix minutes d’allocution et aucune annonce de réforme nouvelle

À la gauche, enfin, il adresse une mise en garde contre « la dispersion » qui entraînerait « l’élimination » de celle-ci dès le premier tour de la présidentielle. Oubliant qu’il fut, durant ce quinquennat, le premier à éparpiller la majorité qui l’a porté au pouvoir en 2012, écartant du gouvernement écologistes comme aile gauche du PS.
Dans ces dix minutes d’allocution, pas d’annonce de réforme nouvelle, pourtant : la fin du quinquennat irait-elle pépère ? À comparer avec le discours du Bourget en 2012, beaucoup reste à faire. Alors, nous avons demandé à huit personnalités ce qu’elle impulseraient, dans leur domaine, si elles étaient, comme François Hollande, aux manettes jusqu’en mai. Nos vœux de réussite pour 2017, en somme.

François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, est décédé

François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, est décédé

avec afp
Lundi, 2 Janvier, 2017
Humanite.fr

Photo Pierre Pytkowizc
Photo Pierre Pytkowizc
François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, est décédé lundi à l'âge de 60 ans, "à la suite d'une longue maladie", ont annoncé un proche de la famille et la centrale syndicale.
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a estimé lundi que le syndicalisme français perdait "une grande figure" avec le décès de son prédécesseur François Chérèque, qui a fait de la lutte syndicale "un engagement personnel", selon lui. "La CFDT perd une grande figure, le syndicalisme français perd une grande figure qui a fait de la lutte syndicale un engagement personnel", a-t-il dit à l'AFP, très ému. "J'espère que tout le monde reconnaîtra son engagement. Je ressens un grand sentiment d'injustice, car il est parti trop tôt", a ajouté M. Berger, qui a succédé à M. Chérèque à la tête de la centrale fin 2012.
Né le 1er juin 1956 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), François Chérèque a dirigé le deuxième syndicat français entre 2002 et 2012. Il avait suspendu ses activités en septembre 2015 pour suivre un traitement de chimiothérapie et quitté ses fonctions à la tête de Haut commissaire à l'engagement civique en juin 2016 pour "raisons de santé".
 
Lire aussi :
 
François Chérèque fut secrétaire général de la CFDT pendant dix ans
  • 1er juin 1956: naissance à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il est le fils de Jacques Chérèque, qui sera secrétaire général adjoint de la CFDT et ministre de Michel Rocard.
  • 1978: adhère à la CFDT
  • 1996: devient secrétaire général de la fédération CFDT des services et établissements de la santé et du social
  • 2002: élu secrétaire général de la CFDT en remplacement de Nicole Notat
  • 2003: apporte son soutien aux réformes des retraites et du statut des intermittents du spectacle
  • 2006, 2010: réélu à la tête de la CFDT pour des mandats de quatre ans
  • Novembre 2012: laisse sa place de secrétaire général à Laurent Berger
  • Janvier 2013: nommé inspecteur général des affaires sociales; également élu président du think-tank Terra Nova
  • Décembre 2013: devient président de l'Agence du service civique
  • Septembre 2015: malade, il interrompt temporairement ses fonctions
  • Juin 2016: renonce à ses fonctions de président de l'Agence du service civique et de Haut-commissaire à l'engagement civique "pour raisons de santé"
  • 2 janvier 2017: décès à l'âge de 60 ans.

Nos souhaits d’une année meilleure !

Nos souhaits d’une année meilleure !

Patrick Le Hyaric
Lundi, 2 Janvier, 2017
L'Humanité

"Au moment où la gueule noire de l’Histoire avec sa fétide haleine vient à nouveau frapper à la porte, nous nous ferons un devoir d’être au rendez-vous tout au long de cette année ! " Photo : l'Humanité
"Au moment où la gueule noire de l’Histoire avec sa fétide haleine vient à nouveau frapper à la porte, nous nous ferons un devoir d’être au rendez-vous tout au long de cette année ! " Photo : l'Humanité
L'éditorial de Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité.
À chacune et à chacun, nous présentons nos meilleurs vœux de santé, de réussite, de prospérité, de paix et de solidarité. Dans cette société et ce monde en plein bouleversements, secoués par de multiples fractures et ruptures « régressives », par ces bruits de bottes qui reviennent, par ces naufrages silencieux de migrants à moins de mille kilomètres d’ici, par l’inquiétant réchauffement climatique, par les divisions et les replis, par les colères détournées par les pires adversaires des citoyens et des travailleurs, nos souhaits ne peuvent se concrétiser sans un effort considérable de réflexions, d’élaborations nouvelles, et surtout d’actions communes et unitaires pour faire bouger positivement la situation.
Un monde est finissant. Un autre est à inventer ! Ce devrait être le grand chantier de tous les progressistes rassemblés. En finir avec les horreurs du terrorisme et des guerres qui se nourrissent l’un l’autre appelle le retour de la mobilisation politique et populaire, de la diplomatie. Les haines entretenues, les divisions, les simplismes et la résurgence des populismes d’extrême droite ne servent que le dieu Argent, qui pille, spolie, domine, exploite, sème partout la misère, les désolations, les rancœurs et ouvre le cratère brûlant d’un volcan gros de risques. Le cynisme grandissant des hyperpuissances, qui jouent avec les êtres humains comme dans un jeu de Monopoly, doit laisser place à une nouvelle Organisation des Nations unies respectée et démocratisée au service des droits humains et environnementaux. Il n’y aura pas de communauté de destin possible sans un implacable combat pour que chacune et chacun puisse avoir droit à un travail ou à une activité et sans refaire de l’égalité et de la justice le grand projet politique universel.
Ce début d’année devrait être le moment privilégié d’un débat approfondi non seulement pour empêcher la régression, la division et le repli proposés par la droite et l’extrême droite, mais surtout sur les moyens de changer à gauche pour améliorer la vie de chacune et chacun et pour préserver l’environnement. L’Humanité s’efforcera d’y contribuer activement afin que n’advienne pas le pire trop banalisé en ces temps incertains. Elle aidera sans relâche au rassemblement populaire pour une rupture positive d’avec l’ordre actuel, en utilisant la candidature de Jean-Luc Mélenchon et celles des candidats unitaires garants de l’intérêt général et des combats contre la finance prédatrice comme le sont les députés et sénateurs du Front de gauche. Le « commun » reste au cœur de nos orientations. Là est l’avenir, là est le salut pour réensemencer les friches idéologiques, politiques, sociales, culturelles, que l’énorme puissance économique de firmes transnationales supérieures à celle de certains États et la concentration médiatique cherchent à pervertir. En ce sens, le pluralisme de la presse et l’existence de l’Humanité sont des enjeux majeurs. Les bifurcations et ruptures actuelles appelleront plus encore de décryptages et de débats pour aider à comprendre, pour aider le monde du travail et de la création à se rencontrer, à se parler, à se rassembler et à agir ensemble ici et par-delà les frontières contre le seul ennemi commun : la loi de l’argent roi.
L’élargissement de la lecture de l’Humanité est partie intégrante de la reconstruction de ce nouveau rapport de forces si indispensable pour que gagnent la justice, la solidarité, la liberté et la paix. Chacune et chacun peut y contribuer. Au moment où la gueule noire de l’Histoire avec sa fétide haleine vient à nouveau frapper à la porte, nous nous ferons un devoir d’être au rendez-vous tout au long de cette année !
Bonne année à chacune et chacun  !