jeudi 20 avril 2017

Les enjeux climatiques, trop souvent oubliés dans la campagne électorale


Les enjeux climatiques, trop souvent oubliés dans la campagne électorale

MARDI, 18 AVRIL, 2017
HUMANITE.FR
Alors que l’objectif retenu par la Cop 21 est de contenir le réchauffement global à +2°C  d’ici la fin du siècle en cours, aucun projet défendu au cours de cette campagne ne permet de placer la France sur un début de trajectoire permettant de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Photo : Stephane Mahe / Reuters
Alors que l’objectif retenu par la Cop 21 est de contenir le réchauffement global à +2°C d’ici la fin du siècle en cours, aucun projet défendu au cours de cette campagne ne permet de placer la France sur un début de trajectoire permettant de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Photo : Stephane Mahe / Reuters
Moins de 18 mois après l’accord sur le climat adopté lors de la COP 21 à Paris, les débats qui se sont déroulés dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle n’ont guère évoqué les enjeux liés au réchauffement climatique des prochaines décennies. Pourtant, ces enjeux sont plus importants que jamais et la semaine qui nous sépare du premier tour risque de nous le rappeler de manière désagréable en France.
Deux sujets focalisent l’attention des commentateurs en ce début de dernière semaine de la campagne électorale qui mène au premier tour de l’élection présidentielle. D’une part, les sondages ne permettent pas de dire quels seront les deux candidats qualifiés pour le second tour. Mais ils annoncent avec certitude que cela se jouera entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, ce qui ouvre la porte à six duels différents toujours possibles le 7 mai prochain.
L’autre sujet concerne les attentes déçues des Français au regard de ce qu’ils connaissent des propositions formulées par les principaux candidats. Selon un sondage réalisé auprès de 1913 personnes par Harris Interactive  et publié par le Figaro du 15 mars, 55% des personnes interrogées trouvent cette campagne « décevante », tandis que 11%  seulement sont d’accord pour dire qu’elle est « tout à fait utile». Si 56% des personnes interrogées trouvent que cette campagne leur permet de « se faire une idée sur les candidats », ils ne sont plus que 38% à penser que la campagne menée par ces mêmes candidats les aide à se décider concernant celui pour lequel ils pourraient voter. Enfin, seulement 24% des personnes interrogées pensent que cette campagne aura permis de débattre des problèmes qui les préoccupent alors qu’ils sont 70% à exprimer un avis contraire. Le second tour de scrutin aura lieu 17 mois après la tenue de la conférence de Paris sur le climat. D’une façon générale, les enjeux climatiques ont été peu  évoqués  au cours de cette campagne. Quand ils le furent, ils étaient plutôt mal maîtrisés par la plupart des candidats. Alors que l’objectif planétaire  retenu par la Cop 21 est de contenir le réchauffement global  à +2°C  d’ici la fin du siècle en cours, aucun projet défendu au cours de cette campagne pour les années 2017 à 2022 ne  permet de placer la France sur un début de trajectoire  permettant  de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, conformément aux recommandations du Groupement International des experts  pour le climat (GIEC).

Des nappes phréatiques sous-alimentées en 2017

Le réchauffement climatique ne se caractérise pas seulement par quelques degrés de température en plus à l’horizon 2050 et 2100. Ce sont déjà des modifications profondes au cœur de chaque saison comme nous l’a montré en France cet hiver 2017 plutôt doux et faiblement pluvieux. Du coup la végétation printanière a pris de l’avance, tandis que la baisse des températures nocturnes de cette semaine du 17 au 23 avril  pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour les vignobles de certaines régions comme pour les arbres fruitiers en fleurs. Ajoutons que le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) doit annoncer jeudi prochain une situation préoccupante concernant la sous-alimentation des nappes phréatiques du fait d’une pluviométrie insuffisante entre l’automne 2016 et le printemps 2017 déjà marqué par la sécheresse dans certaines de nos régions. Si elle devait perdurer, cette situation compromettrait les rendements céréaliers de l’année 2017 en France et renchérirait les coûts de production dans la production laitière et les productions de viandes bovine et ovine notamment. Or qu’il s’agisse des céréales, du lait ou de la viande bovine, les paysans français et européens sont confrontés depuis plus de deux ans à des prix qui ne permettent pas de rémunérer leur travail. Parfois ils ne couvrent même pas les coûts de production, sans y inclure la rémunération du travail. Ce  fut souvent le cas pour le lait depuis  2015 et comme c’est le cas pour  les céréales depuis la récolte de 2016 compromise au niveau des rendements par un printemps sombre et pluvieux. Mais, pour le lait comme pour les céréales, les prix trop bas ont été favorisés par des comportements spéculatifs rendus possibles par une offre mondiale supérieure à la demande solvable, en l’absence de politique régulatrice, notamment en Europe. Il a suffit que le volume de lait européen produit en 2015 augmente de 3 à 4%  du fait de la sortie des quotas de production pour que le prix payé aux éleveurs baisse durablement de 25 à 30% dans les pays membres de l’Union européenne.

L’agriculture industrielle n’est pas une solution

Quand une baisse des prix atteint durablement de tels niveaux, aucun  « modèle » de production agricole ne permet aux paysans de gagner leur vie. Néanmoins, par temps de crise, les préconisations des décideurs politiques et économiques sont souvent inspirées  par une recherche d’économies d’échelle, ce qui débouche par plus de concentration de l’élevage dans de grands bâtiments avec une nourriture du bétail de plus en plus granivore pour les herbivores que sont les vaches laitières. Au final, et au-delà de la réduction du nombre de paysans  qui pourtant maintiennent de la vie économique et sociale sur tous les territoires, on promeut alors une agriculture toujours plus industrielle et énergivore. Mais ce n’est pas la bonne solution car elle prend le contrepied de ce qu’il faut faire pour freiner le réchauffement climatique.
Finalement, l’absence de réflexion prospective en lien avec les enjeux climatiques aura aussi marqué cette campagne électorale pour l’élection présidentielle. Ce fut particulièrement vrai pour les candidats Macron et Fillon. L’un comme l’autre sont partisans de la fuite en avant dans un capitalisme de plus en plus gaspilleur de ressources dans sa manière de produire et toujours plus injuste dans la répartition des richesses crées par le travail.

Macron et Fillon, les deux faces d’un même libéralisme


Macron et Fillon, les deux faces d’un même libéralisme

MERCREDI, 19 AVRIL, 2017
L'HUMANITÉ
Comme un air de bonnet blanc et blanc bonnet pour les deux candidats. L’un veut moins de protection des salariés, l’autre plus de liberté pour les patrons. Revue de détail de deux projets aux visées similaires, achever la mue libérale du pays. Lire la suite
On n’est jamais si bien reconnu que par les siens. L’économiste libéral Nicolas Bouzou l’affirmait récemment sans crainte : « Le programme de Macron est de même nature que celui de Fillon. » Le très libéral think tank Ifrap a d’ailleurs du mal à les départager dans son évaluation des programmes économiques, tous deux « procèdent à des économies de dépenses nettes qui font diminuer le poids des dépenses publiques dans le PIB ». Il préfère finalement Fillon, « le seul candidat à opter pour une stratégie de baisse des prélèvements obligatoires ». Nicolas Bouzou concède que « si Emmanuel Macron prévoit à ce stade beaucoup moins d’économies que François Fillon, c’est sans doute qu’il anticipe plus que lui la résistance des Français en cas de réformes trop radicales ». « Le programme d’En marche ! est tout sauf déraisonnable », note de son côté Gaspard Koenig, du think tank GenerationLibre.
Comment ne pas donner crédit à François Fillon quand, cri du cœur, il s’exclame que Macron « copie » son programme ? Bouzou, encore, distingue bien que Fillon « n’accompagne pas sa politique d’un plan d’investissement conséquent », que Macron met « beaucoup plus l’accent sur la transition écologique », pour conclure que « les deux programmes se distinguent principalement par leur dimension », en ce qui concerne la réduction de la dépense publique. Lire la suite

Vous êtes absent, malade, infirme…votez par procuration


Vous êtes absent, malade, infirme…votez par procuration

 
Ministère de l'intérieur
Les électeurs absents ou ne pouvant se déplacer pour cause de handicap ou de mauvaise santé ont la possibilité de voter par procuration le jour du scrutin. C'est encore possible pour les 1er et 2ème tours des présidentielles.

Dans quels cas est-il possible de voter par procuration ?

Vous pouvez voter par procuration pour les élections présidentielles qui auront lieu les 23 avril (1er tour) et le 7 mai (second tour) également pour les législatives les 11 et 18 juin si ces jours-là – article  :
-  vous êtes en vacances, absents pour le boulot ou en formation (attention ça ne marche pas si vous passez votre journée à la pêche, en rando, au foot, au rugby ou si vous avez la flemme…)
- ou vous êtes handicapé voire votre état de santé ne vous permet pas de vous déplacer jusqu’ à votre bureau de vote
- ou encore vous assistez une personne infirme ou malade.

 

Comment faire ?

1.- Trouver une personne (appelée mandataire) qui accepte de voter à votre place et qui n’a pas d’autres procurations ou qu’une autre procuration établie à l’étranger. Cette personne doit impérativement être  inscrite sur les mêmes listes électorales que le mandant (celui ou celle qui demande à voter par procuration) mais pas forcément électrice du même bureau de vote.  
2.- Remplir le formulaire spécifique vote par procuration après avoir lu la 
Attention si vous pouvez tlécharger le formulaire en ligne et le remplir, il n'est pas possible d'établir une procuration en ligne. Il faut passer à l'étape 3 suivante.
3.- Se rendre à la gendarmerie, au commissariat ou au tribunal d’instance de votre lieu ‘habitation ou de travail pour faire valider la procuration. Il n’est pas nécessaire de se faire accompagner par le mandataire (la personne qui va voter pour vous).
N’oubliez pas une pièce d’identité (attention la carte d’électeur n’est pas une pièce d’identité), l’attestation sur l’honneur motivant votre absence le jour du vote (cette attestation est intégré au formulaire de vote par procuration).
S’il n’est pas possible de vous déplacer (handicap, état de santé), il faut très vite demander par simple lettre accompagnée d’un certificat médical ou d’un justificatif d’infirmité, à un policier ou un gendarme de venir à domicile établir la procuration.
Attention, il s’agit d’une démarche personnelle qui ne peut être faite par un tiers même un parent.
4.- Le jour du vote, la personne qui a votre procuration se rend à votre bureau de vote munie d’une pièce d’identité et de sa carte d’électeur… pour voter à votre place selon vos consignes. Le récépissé de la procuration n’est pas obligatoire puisque le maire a reçu la procuration par envoi des autorité l’ayant établie.
Vous pouvez toujours allervoter si vous n'avez plus d'empêchement à condition de vous présenter au bureau de vote avant le mandataire et de l'avertir par courtoisie. De toute façon un seul vote sera pris en compte, celui du premier arrivé.

Combien ça coûte et pour quelle durée ?

La procuration est établie sans frais pour une seule élection (1 et/ou 2 tours) ou pour un an au plus.
Par exemple, si vous êtes absent(e) à la fois pour les deux tours des présidentielles (23 avril et 7 mai) et pour les deux tours des législatives (11 et 18 juin), vous donnez procuration pour l’ensemble de ces scrutins ou que pour celui qui aura lieu durant votre absence ou encore pour le 1er tour ou le 2ème tour d’une de ces élections ou de chacune.
Notez-bien que la procuration peut être résiliée à tout moment que ce soit pour en établir une nouvelle ou pas. Simplement la résiliation s’effectue auprès des mêmes autorités que ci-dessus.

Jusqu’à quand peut-on demander une procuration ?

En théorie, les procurations peuvent être établies à tout moment jusqu’à la veille du jour du vote.
En pratique, mieux vaut ne pas trop attendre puisque la procuration est envoyée à la mairie par courrier postal.

Le vote vraiment utile


Mélenchon , le vote (vraiment) utile pour le peuple !

Vote de conviction ou tentation d'empêcher un scenario catastrophe similaire à celui de 2002 ? Le jeu des scénaristes de la recomposition politique a donné du grain à moudre à Maurice Ulrich, journaliste de l’Humanité.
Réalisation : Abrahim Saravaki

Mélenchon à l’Élysée : ce qui changerait dans votre vie dès la première année


Mélenchon à l’Élysée : ce qui changerait dans votre vie dès la première année

JEUDI, 20 AVRIL, 2017
L'HUMANITÉ
Photo Martin Bureau/AFP
Photo Martin Bureau/AFP
VIe République, réforme fiscale, plan de relance, mesures sociales... Jean-Luc Mélenchon se dit « tout à fait prêt » à « appliquer dans leur intégralité les pouvoirs qui lui seront confiés. »Lire la suite
Jean-Luc Mélenchon est « prêt » à exercer le pouvoir. Il l’a déclaré, mardi soir, aux dizaines de milliers de partisans réunis en meeting à Dijon avec lui et dans six autres villes via un hologramme (Clermont-Ferrand, Grenoble, Montpellier, Nancy, Nantes et Le Port, à La Réunion). Une façon, aussi, de répondre aux objections de ses adversaires et des éditorialistes qui, ces quinze derniers jours, ont tenté d’enrayer sa progression fulgurante dans les intentions de vote en l’attaquant sur la crédibilité de son programme. À quoi ressemblerait la France qu’il présiderait ? Le candidat s’est évertué à démontrer « comment (il allait) faire », quelle serait sa méthode et par quoi il commencerait.
Passage à la VIe République, réorientation européenne, réformes fiscales et sociales, relance par l’investissement, transition écologique… « Quelques jours avant que vous votiez, je veux que vous sachiez », a annoncé Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF, le Parti de gauche et Ensemble !, n’improvise ni sa méthode de gouvernement ni son calendrier. Conscient que son élection serait un « événement mondial », il a dit à ses soutiens, mardi : « Nous avons peu de temps, il faut faire des preuves, les donner tout de suite. (…) Il s’agit de transformer le pays », en s’attelant dès les premiers mois du mandat à des « choses concrètes ». Lire la suite

vendredi 14 avril 2017

Élection présidentielle. Tous pour le développement, mais plus tard


Élection présidentielle. Tous pour le développement, mais plus tard

DAMIEN ROUSTEL
LUNDI, 10 AVRIL, 2017
L'HUMANITÉ
Irrigation d’un champ de riz à Dabua, dans l’État de Bauchi, au Nigeria, à l’aide d’une pompe à eau depuis un forage. Afolabi Sotunde/Reuters
Irrigation d’un champ de riz à Dabua, dans l’État de Bauchi, au Nigeria, à l’aide d’une pompe à eau depuis un forage. Afolabi Sotunde/Reuters
Les cinq principaux candidats à l’Élysée veulent doubler l’aide publique de la France aux pays pauvres. Mais ils se différencient sur l’agenda et certains y posent des conditions.
C’est un consensus assez rare. Réunis le 6 avril dans les locaux de Sciences-Po Paris pour débattre des défis et priorités de la France dans le domaine de la coopération pour le développement, les cinq représentants des principaux candidats à l’élection présidentielle de 2017 ont fait preuve d’un bel unanimisme. Du sénateur LR Jean Bizet au porte-parole de Benoît Hamon, Yannick Jadot, en passant par le conseiller régional FN Bertrand Dutheil de La Rochère, le haut fonctionnaire Bernard Féraud (France insoumise) et Jean-Michel Severino d’En marche !, ils ont tous vanté les bienfaits de l’aide publique pour le développement (APD) et déploré son faible niveau. « C’est sans doute la première fois que dans une élection la question du développement apparaît dans tous les programmes des candidats », a constaté Tancrède Voituriez, de l’Iddri, un institut de recherche indépendant coorganisateur de cette réunion publique. La crise migratoire que connaît l’Europe depuis quelques années n’est sans doute pas étrangère à cette prise de conscience.

L’aide au développement: une politique fondamentale

« L’aide au développement n’est pas un gadget. C’est une politique fondamentale qui contribue à rendre le monde plus juste », explique Jean-Michel Severino (En marche !), directeur général de l’Agence française pour le développement (AFD) de 2001 à 2010. « D’ici à 2050, l’Afrique comptera 450 millions de personnes supplémentaires sur le marché du travail. C’est un enjeu gigantesque sans précédent », ajoute-t-il. « Nous avons une dette à l’égard des pays que nous avons pillés pendant quatre siècles. L’APD est une forme de rééquilibrage », affirme Yannick Jadot. « Il faut cibler l’agriculture et la formation professionnelle pour que les populations puissent travailler chez elles. C’est la raison pour laquelle nous voulons que l’engagement de la France de consacrer 0,7 % de son PIB à l’APD soit enfin tenu », détaille Bertrand Dutheil de La Rochère. « Oui, il faut enfin respecter les 0,7 % et concentrer 50 % de cette aide aux pays les moins avancés (PMA, 48 États), contre 25 % aujourd’hui. Et il ne faut pas conditionner cette aide à l’arrêt des flux migratoires car cela reviendrait globalement à assujettir ces pays », lui répond Bernard Féraud, de la France Insoumise. « Et il faut que la part des dons soit supérieure à celle des prêts », termine le représentant de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, l’APD de la France est constituée à plus de 90 % de prêts destinés à des pays solvables.

La part de l’aide au développement dans le PIB était de 0, 37% en 2015

Dans un avis rendu en octobre 2016, le Conseil économique social et environnemental (Cese) préconise d’atteindre les 0,7 % d’ici à 2022. Le ratio était de 0,37 % en 2015. Quelle est la position des candidats ? Jean-Michel Severino parle d’un « espace-temps flexible », soit sept à huit ans. Mais dans son programme, Emmanuel Macron évoque « une trajectoire d’augmentation progressive entre 2017 et 2030, conditionnée à nos résultats économiques ». Et il reste flou sur d’éventuelles conditions liées à l’aide de la France. « Je parie une bouteille de champagne à chacun d’entre vous que le niveau de l’APD de la France n’aura pas augmenté d’ici à 2022. Cela représente 25 milliards d’euros sur cinq ans. Aucun président ne le fera », avoue l’ex-patron de l’AFD. « François Fillon n’a pas pris position sur une date pour l’instant par honnêteté », précise Jean Bizet. Le sénateur LR préconise de recourir davantage aux entreprises pour pallier le manque de financements publics. Marine Le Pen et Benoît Hamon ont décidé de reléguer cet objectif à la fin de leur quinquennat en 2022. « Nous pensons que les Français y seront favorables car nous allons cibler les pays francophones et exiger qu’ils achètent de l’aide produite par des entreprises françaises », détaille l’élu FN. « L’effort financier n’est pas impossible à réaliser », estime Yannick Jadot, qui croit à de nouvelles formes de financement comme la taxe sur les transactions financières. Quant à Bernard Féraud, de FI, il affirme que les 0,7 % seront atteints en 2020.

Droits humains. 200 millions de femmes excisées


Droits humains. 200 millions de femmes excisées

ADRIEN ROUCHALEOU
JEUDI, 13 AVRIL, 2017
L'HUMANITÉ
Affiches de la campagne de prévention de l’excision chez les adolescentes. Hamilton/Rea
Affiches de la campagne de prévention de l’excision chez les adolescentes. Hamilton/Rea
Deux chercheuses de l’Ined se sont penchées sur la réalité des mutilations génitales féminines. Si le phénomène semble en recul, des motifs d’inquiétude demeurent.
En 2016, elles auraient été au moins 200 millions. Dans une étude rendue publique hier, l’Institut national d’études démographiques (Ined) se penche sur la réalité des mutilations génitales féminines dans le monde. Les chercheuses Armelle Andro, de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, et Marie Lesclingand, de l’université Côte-d’Azur, ont recensé toutes les données disponibles sur la question pour dresser un état de la situation.
L’Unicef a identifié 30 pays dans lesquels l’excision est pratiquée, avec toutefois une prévalence très variable : 30 en Afrique constituant une bande centrale traversant le continent d’ouest en est, auxquels s’ajoutent le Yémen, l’Irak et l’Indonésie. Mais les chercheuses relèvent que d’autres études récentes mentionnent l’existence de ces pratiques au sein de minorités dans d’autres pays du Proche et Moyen-Orient et d’Asie ; et surtout que l’on compte près de 500 000 femmes mutilées aux États-Unis et plus de 500 000 en Europe.
« Le facteur du risque de mutilation est le groupe ethnique d’origine car ces pratiques sont historiquement associées à des rites traditionnels marquant le passage à l’âge adulte, qui n’existent pas dans tous les groupes », notent les auteures. Mais, précisent-elles, « il n’existe pas de liens clairs entre mutilations génitales féminines et religion, même si les populations de la plupart des pays concernés par ces pratiques sont majoritairement de religion musulmane. Dans la plupart des pays concernés, les communautés de tradition chrétienne, juive ou animiste pratiquent aussi l’excision ». En outre, l’étude conclut que la prévalence des mutilations génitales féminines est inversement proportionnelle au niveau d’instruction, au niveau de vie et varie en fonction du lieu de résidence : une femme vivant en ville a moins de risque d’être mutilée, de même qu’une femme scolarisée est moins souvent excisée.
Heureusement, les auteures constatent un recul de ces pratiques : « Dans tous les pays où des informations sont disponibles à plusieurs dates, les pratiques apparaissent en diminution au fil des générations. » Un recul qui reste néanmoins variable selon les pays : la baisse du nombre d’excisions est beaucoup plus nette dans les pays où la prévalence est déjà la plus faible, comme en Côte d’Ivoire, au Kenya, Nigeria ou en République centrafricaine. Mais, même au Liberia, où 79 % des femmes sont excisées, elles ne sont « plus » qu’un tiers à l’être parmi les 15-19 ans, alors que trois quarts des femmes de 45 à 49 ans le sont.
Néanmoins, les chercheuses pointent deux raisons de s’inquiéter. Premièrement, des excisions pratiquées de plus en plus tôt : « La majorité des femmes ont été mutilées avant l’âge de 10 ans et dans les générations les plus jeunes, avant l’âge de 5 ans. » Ensuite, les auteures s’inquiètent de la médicalisation de la pratique, même si, dans la majorité des cas, ce sont toujours des exciseuses traditionnelles qui officient. « De plus en plus de filles ont été excisées par des professionnels de santé en milieu médical » au prétexte d’une politique de réduction des risques, que les auteures perçoivent plutôt comme un « dévoiement » des campagnes de sensibilisation qui « compromet l’éradication de l’excision ».
Avec cette étude, l’Ined veut faire de la question des mutilations génitales féminines « une question de santé publique et de droits humains à l’échelle mondiale ».