mardi 26 janvier 2016

Procureurs, défenseurs de la République ou des patrons ?

Procureurs, défenseurs de la République ou des patrons ?

Loan Nguyen
Mardi, 26 Janvier, 2016
L'Humanité

323717 Image 0

Le Havre, 21 février 2014. Rassemblement devant le tribunal où quatre militants comparaissaient en correctionnel pour avoir collé des affiches sur les locaux du PS et de l’UMP et pour avoir bousculé un huissier.
Photo : Jérôme Lallier
Dans plusieurs cas récents, les représentants du ministère public ont fait preuve d’acharnement à l’encontre de militants syndicaux et de défenseurs des salariés.
Au-delà de la lourdeur de la sanction de 9 mois de prison ferme qui s’est abattue sur les huit ex-salariés de Goodyear le 12 janvier, c’est aussi la position du ministère public qui a choqué les soutiens des militants. Alors que l’entreprise et les cadres retenus avaient retiré leurs plaintes, c’est le procureur de la République qui a décidé de maintenir les poursuites à l’encontre des anciens salariés, dont la plupart sont des militants syndicaux. Si c’est de fait un juge du siège, indépendant, qui a fixé la peine, celui-ci a en grande partie suivi les réquisitions du parquet, qui demandait que les ex-Goodyear soient punis de 24 mois de prison dont 12 mois ferme. Derrière cet acharnement manifeste du procureur, certains accusent le ministère de la Justice de manœuvrer en coulisses pour faire taire le mouvement social.
Ce qui inquiète syndicalistes et avocats en droit social, c’est que cette orientation antisyndicale du parquet dépasse largement le cadre de l’affaire Goodyear. Et que celle-ci semble s’affirmer et se durcir ces dernières années. En effet, avant les huit de Goodyear, il y a par exemple eu les cinq de Roanne et les quatre du Havre. À chaque fois, des groupes de syndicalistes poursuivis à l’initiative ou avec l’appui du procureur de la République pour des actions revendicatives.

« Une volonté politique de corseter l’action syndicale »

Pour avoir tagué « Casse-toi, pov’con » sur la permanence d’un député UMP lors d’une manifestation pendant le mouvement contre la réforme des retraites de 2010, Jean-Paul Barnaud, Cristel Coste, Gérald Dionozio, Didier Marchand, et Christian Osete – tous syndicalistes CGT – ont vécu plus de trois ans de calvaire judiciaire. Malgré le retrait de la plainte du député de droite, Yves Nicolin, le procureur de Roanne, avait maintenu les poursuites. Et bien que condamnés mais avec une dispense de peine en appel, les cinq militants avaient été sommés quelques mois plus tard, par le même procureur, de se soumettre à un prélèvement ADN, ce qu’ils avaient tous refusé. Ce rejet constituant en soi une infraction, les cinq étaient repartis pour un tour de piste devant les tribunaux, là encore à l’initiative du parquet. Là où ce cas ne peut plus être considéré comme une affaire de personnes, c’est qu’en dépit de la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Roanne, c’est le procureur général près la cour d’appel de Lyon qui a pris le relais du procureur de Roanne dans les poursuites à l’encontre des cinq syndicalistes, finalement relaxés définitivement en mai 2014. « Le ministère public est censé défendre l’intérêt général. Dans cette affaire, cela veut dire que les procureurs ont estimé que ces syndicalistes représentaient une nuisance pour la société dont il fallait la protéger », analyse Me Karine Thiébaut, l’avocate qui avait défendu les cinq de Roanne.
Dans le cas de Pierre Coquan, ex-secrétaire de l’union départementale CGT du Rhône, et Michel Catelin, membre du bureau de l’union locale CGT de Villefranche-sur-Saône, c’est le procureur de la République de Villefranche-sur-Saône qui avait initié des poursuites à l’encontre des deux responsables syndicaux suite à une diffusion de tracts à un péage, également pendant le mouvement contre la réforme des retraites de 2010. Et ceci uniquement au motif qu’une diffusion de tracts pouvait être assimilée à une manifestation et se devait donc d’être déclarée en préfecture ! Les concernant, l’acharnement a monté tous les échelons – malgré une relaxe prononcée en première instance, et confirmée en appel –, et le procureur général est allé jusqu’à se pourvoir en cassation. Il semblerait que l’avocat général près la Cour de cassation requière lui aussi l’annulation du précédent jugement. « Il y a une volonté politique délibérée de créer une jurisprudence pour corseter l’action syndicale », dénonce l’avocat de Pierre Coquan, Me François Dumoulin.

Les organisations syndicales «stigmatisées par le gouvernement»

Dans cette autre affaire, pour avoir collé des affiches sur les locaux du PS et du PRG de Seine-Maritime, et avoir bousculé un huissier, quatre militants CGT avaient été traduits en justice devant le tribunal correctionnel du Havre en février 2014. Si cette fois-ci le parquet n’était pas seul à poursuivre, celui-ci avait fait preuve d’une sévérité exemplaire en requérant jusqu’à mois de prison ferme concernant l’altercation avec l’huissier, dont le témoignage semblait pourtant très brouillon. Mais, là encore, la justice avait blanchi les syndicalistes en prononçant la relaxe. Malgré cette victoire, Me Nicolas Capron, l’un des avocats des militants poursuivis, insiste sur l’aggravation du climat judiciaire pour les syndicalistes à tous les niveaux. « On a de plus en plus de mal à obtenir gain de cause pour les organisations syndicales. Comme elles sont stigmatisées par le gouvernement, elles sont perçues comme le fruit du passé par les magistrats », affirme le juriste, qui note une nette détérioration du rapport de forces pour les défenseurs des salariés depuis l’arrivée de la majorité socialiste au pouvoir, que ce soit aux prud’hommes ou au pénal.

Présidentielle. La gauche à la recherche d’une issue

Présidentielle. La gauche à la recherche d’une issue

Julia Hamlaoui
Mardi, 26 Janvier, 2016
L'Humanité

323730 Image 0

La réflexion va se poursuivre au PCF jusqu’à son congrès de juin. Ici Pierre Laurent avec Jean-Luc Mélenchon lors de la présentation de ses vœux au siège du PCF.
Photo : Patrick Nussbaum
Après les appels à la tenue d’une primaire, ceux qui, à gauche, ne partagent pas la politique de l’exécutif, poursuivent leurs échanges, tentant d’éviter le piège tendu par l’élection phare de la Ve République.
La question de 2017 occupe la gauche, en particulier celle qui cherche à éviter de voir se jouer un match à trois ­(Hollande, Sarkozy, Le Pen) lors de l’élection présidentielle. Après l’appel paru dans Libération pour une primaire « des gauches et des écologistes » le 11 janvier, et avant le lancement dimanche dernier d’un « comité d’organisation » (lire encadré), des personnalités et responsables politiques du Front de gauche, dont Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, de l’aile gauche du PS, d’EELV, mais aussi du mouvement social se sont réunis jeudi soir pour un échange « informel ». Un « tour d’horizon » des positions des uns et des autres qui devrait donner lieu à une nouvelle rencontre mi-février.

« Ouvrir le débat »

« On a au moins un point commun : la critique radicale de la politique du gouvernement », constate Éric Coquerel, le coordinateur du Parti de gauche, qui voit dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon « la meilleure solution ». « On n’a plus beaucoup d’atouts dans notre manche, vu qu’on s’est débrouillé pour dilapider en partie le potentiel de 2012 », fait-il valoir, estimant que les lignes doivent bouger au-delà de 2017, quitte à fonder un mouvement susceptible d’effacer les frontières actuelles des partis. En attendant, le PG, hostile à la primaire, en souligne « l’ambiguïté », notamment sur son périmètre (certains incluant et d’autres excluant Hollande, Valls ou Macron). Pas de doute, en revanche, pour Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-les Verts, signataire du « comité d’organisation » d’une telle primaire lancé dimanche dernier : « Son bilan disqualifie François Hollande. Il s’agit avec cette démarche de rompre avec la politique menée autour de trois piliers : l’orientation économique, un big bang démocratique et un projet pour l’Europe », précise-t-il. Son parti, lui, ne devrait pas trancher la question avant fin mai lors de son congrès. La réflexion devrait également se poursuivre au PCF jusqu’à son congrès de juin. « On ne veut ni de Hollande ni d’une candidature rendue marginale par l’argument du vote utile. Nous voulons trouver le moyen d’ouvrir le débat, et de mener bataille sur le projet », explique Marie-Pierre Vieu. D’ici là, Pierre Laurent, son secrétaire national, lance « à partir du 1er février, “les lundis de la gauche – portes ouvertes sur 2017” qui, chaque semaine, permettront la rencontre et l’échange pour une dynamique et un projet de gauche », a fait savoir le PCF, hier.

Le PS enterre la primaire

L’aile gauche du PS, quant à elle, devrait se prononcer dès samedi prochain sur l’opportunité d’une primaire, alors que la porte-parole du parti, Juliette Méadel, a déjà enterré le projet : « À partir du moment où toute la gauche ne souhaite pas s’engager dans une primaire, ça veut dire que finalement cet appel, pour l’instant, a fait flop », a-t-elle déclaré, hier, sur LCP, faisant mine d’ignorer que cela pourrait arranger le « candidat naturel du PS ». Mais « si tout notre courant (porteur de la motion B lors du dernier congrès – NDLR) se prononce samedi pour des primaires, c’est 30 % du PS qui s’engagent pour une autre candidature et un autre programme que ceux de François Hollande », explique le député Pouria Amirshahi. L’hypothèse d’une primaire demeure cependant « fragile », selon l’élu, les obstacles étant nombreux, à commencer par l’absence de candidats déclarés. « Il y a une impasse dans laquelle on avance à marche forcée », estime-t-il, jugeant que l’urgence est à ouvrir une « perspective positive qui refait cause commune entre les citoyens ».

Le Danemark va saisir les biens des réfugiés

Le Danemark va saisir les biens des réfugiés

Mardi, 26 Janvier, 2016
Humanite.fr

Les députés danois votent ce mardi une loi dont le but très clair est de dissuader les demandeurs d’asiles et les migrants d’opter pour le Danemark. Au menu : saisi des biens précieux et entrave au regroupement familial.
Le gouvernement danois nourrit "la peur et la xénophobie" accuse le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). Le projet de loi voté ce mardi a beaucoup choqué. "Soit les migrants vont entreprendre avec leurs enfants et leurs proches des voyages périlleux, soit ils vont les laisser sur place et connaître une séparation prolongée tandis que les membres de leur famille continuent à souffrir des horreurs de la guerre", estime Gauri van Gulik, directrice adjointe pour l'Europe d’Amnesty International. "C’est un choix impossible".
Une loi, qui, selon le gouvernement danois dirigé par le parti libéral de droite, allié au Parti populaire, nationaliste et anti-immigré, répond aux préoccupations des citoyens. Le Premier ministre s’appui sur des sondages, qui avancent que l'immigration est la préoccupation n°1 de 70% des Danois. "Beaucoup de réfugiés affluent à nos frontières, nous sommes soumis à une pression énorme", a plaidé lundi la ministre en charge de l'Immigration, de l'Intégration et du Logement, Inger Støjberg, entendue à Bruxelles par la Commission des libertés civiles du Parlement européen.

Ils pourront garder leurs alliances...

Le vote de mardi au Parlement ne devait être qu'une formalité car pour s'assurer du soutien des sociaux-démocrates, premier parti d'opposition, et de deux petites formations de droite, le gouvernement a consenti des amendements. Il a augmenté la valeur des biens confiscables - les liquidités des migrants doivent excéder 10.000 couronnes danoises (1.340 euros) et leurs effets personnels 10.000 couronnes au lieu de 3.000 - et permet aux demandeurs d'asile de garder leurs alliances et tout objet de valeur sentimentale…
L'argent récolté sera loin de financer le séjour des demandeurs d'asile. Mais pour le Parti populaire danois, le principal objectif est de passer ce message: "Ce que nous disons, c'est que si vous voulez venir en Europe, mieux vaut éviter le Danemark".
Outre la confiscation des biens, les demandeurs d'asile bénéficiant d'une protection moindre, à savoir ceux qui fuient la violence en général plutôt qu'une menace qui pèse sur leur personne en particulier, devront patienter trois ans avant de demander un regroupement familial. L'examen de la demande peut durer ensuite plusieurs années. Ce qui va à l’encontre de la Convention européenne des droits de l'Homme, de la Convention internationale des droits de l'enfant et de la Convention de l'ONU relative au statut des réfugiés. Amnesty International a affirmé qu'il pourrait "avoir une incidence dévastatrice sur les familles, y compris sur leur rétablissement après des traumatismes et leur capacité à s'intégrer et s'adapter à la vie dans un nouveau pays". Les réfugiés devront également payer le coût du transport de leur famille.
Les permis de résidence seront raccourcis de cinq à deux ans, pour ceux qui bénéficient d'une protection plus élevée, à savoir pour des persécutions en raison de leur race, nationalité, religions, opinions politiques ou appartenance à un groupe social.
Des frais de dossier de 3.700 couronnes (environ 500 euros) seront introduits pour les demandes de permis de résidence permanents. Le demandeur devra avoir occupé un emploi lors de 2,5 des trois dernières années.

Mobilisations : le 26 janvier annonce la reprise !

Mobilisations : le 26 janvier annonce la reprise !

Kareen Janselme
Mardi, 26 Janvier, 2016
L'Humanité

Pour la première fois depuis l’état d’urgence, les fonctionnaires sont appelés à faire grève et se mobiliser sur tout le territoire, aujourd’hui. À Paris, la manifestation s’opposant à la réforme du collège rejoindra celle des agents des trois versants de la fonction publique.
Ce sont 114 manifestations recensées. Plus d’un rassemblement par département : le mouvement s’annonce significatif, assurent les syndicats CGT, FO et Solidaires de la fonction publique qui appellent à la mobilisation et à la grève, aujourd’hui, pour un service public de qualité et une nette augmentation du pouvoir d’achat des agents. Si le syndicat FSU, dont le congrès se tiendra la semaine prochaine, n’a pas signé l’appel unitaire à l’échelle nationale, il sera présent localement dans trois quarts des départements.
« Un agent de la catégorie C (la moins rémunérée) a perdu 1 300 euros de pouvoir d’achat par an depuis le gel du point d’indice qui sévit depuis 2010 », s’insurge Didier Bernus, secrétaire général de la Fédération FO des personnels des services publics et de santé. Le point d’indice est la valeur de base commune à tous les fonctionnaires, à partir de laquelle on multiplie l’indice de traitement prenant en compte le grade et le corps de l’agent, en y ajoutant éventuellement des primes. « Question pouvoir d’achat la situation est inédite, relève Jean-Marc Canon, secrétaire général de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT. La valeur du point a décroché de 7 % par rapport à l’indice de la consommation. Et, parallèlement, les cotisations retraite ont augmenté de 2 % depuis 2010. Cela fait une perte de 9 % du pouvoir d’achat en moyenne : c’est considérable. »

L’anxiété se mue en colère

Alors, quand la ministre de la Fonction publique a annoncé, la semaine dernière, un rendez-vous salarial pour la mi-février qui n’excluait pas « une possibilité du dégel du point d’indice » mais « sans doute pas à la hauteur de ce que demandent les syndicats », les organisations ont vu dans la manifestation l’occasion de faire pression avant le début des négociations. « Dans le projet de loi de finances 2016, il n’y a pas un seul centime prévu pour la rémunération des agents de la fonction publique, doute déjà Denis Turbet-Delof, secrétaire national de l’union syndicale Solidaires. Cela va à l’encontre du discours mensonger de Marylise Lebranchu sur l’ouverture de négociations salariales. »
Les syndicats qui appellent à la mobilisation s’inquiètent aussi de la baisse des effectifs dans la fonction publique et des coupes drastiques dans les budgets des collectivités territoriales qui remettent en cause les services publics locaux et la qualité de leurs prestations. « Dans les collectivités, les agents se mettent en mouvement toutes les semaines, alerte Yves Kottelat (FO). Avec la création des nouvelles régions, des métropoles, ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir. À Marseille, on ne sait toujours pas qui va payer les agents de la métropole au 31 janvier. Les conseils départementaux viennent d’apprendre que la compétence logement sera confiée à la métropole : les agents concernés ne savent pas où ils vont aller travailler. » L’anxiété des fonctionnaires s’est muée en colère depuis décembre. Après les attentats de novembre, le gouvernement avait salué le courage et l’efficacité des services publics.

Le secteur de la santé aussi

S’il a prévu des redéploiements dans le secteur de la sécurité, l’État tarde à mettre en valeur l’apport des travailleurs sociaux, des agents municipaux, des professionnels de la culture ou de la santé dans la cohésion sociale qui prévient les risques. Pas de remerciements sonnants et trébuchants non plus. « Nous avons été appelés des héros après les attentats, s’émeut Mireille Stivala, à la tête de la fédération CGT santé et action sociale. Et maintenant Martin Hirsch (directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris) nous vole nos jours de RTT… » C’est pourquoi le secteur de la santé manifestera aujourd’hui en y ajoutant ses propres mots d’ordre : amélioration de l’organisation et du temps de travail, notamment à l’AP-HP, création d’emplois et titularisation des précaires, retrait de projet de loi santé, arrêt des fermetures de lits et de services. Des salariés d’organismes de santé privés se joindront au mouvement. Une convergence de luttes que la manifestation parisienne devrait symboliser, quand les agents des finances publiques, qui manifesteront aussi à Paris dès 11 heures devant leur ministère à Bercy, viendront rejoindre le rassemblement, tout comme les professeurs de l’éducation nationale qui se fondront dans la manifestation de la fonction publique, à 14 heures, à Montparnasse.
Les principaux rendez-vous :
Ce mardi, les fonctionnaires seront dans la rue partout en France, notamment à Paris (14 heures, Montparnasse), Marseille (10 heures, Vieux-Port), Lyon (10 heures, Jean-Macé), Toulouse (10 h 30, Jeanne-d’Arc), Nice (10 h 30, Libération), Nantes (10 heures, préfecture), Strasbourg (10 heures, Bourse), Montpellier (10 heures, Comédie), Bordeaux (11 heures, République), Rennes (11 h 30, mairie)...

Fêtes galantes au Quai d’Orsay

Fêtes galantes au Quai d’Orsay

Olivier Mayer
Mardi, 26 Janvier, 2016
Humanite.fr

orsay.jpg

AFP
Le 27 janvier, le Quai d’Orsay propose avec l’Institut français « une expérience inédite » : La Nuit des idées. « Intellectuels, artistes, architectes prendront la parole pour imaginer le monde de demain. »
Ô ! comme on aime qu’ainsi le ministère des Affaires étrangères et son ministre Laurent Fabius  offre « une scène à la circulation internationale des idées à laquelle la France est tant attachée » !
« Comment préserver un environnement écologiquement viable ? Quels principes politiques, économiques ou éthiques guideront l’action collective ? Quels imaginaires, quels paysages, quelle mémoire permettront aux hommes d’habiter le monde ? ». Tel est le beau programme annoncé de cette nuit de débats aux invités prestigieux, de Jean-Claude Ameisen à Pierre Rosanvallon en passant par Robert Badinter et Laurence Tubiana...
Et on y lira des œuvres d’écrivains « issus de la nouvelle scène littéraire » parmi lesquels les romancières Marie Darrieussecq et Lydie Salvayre, ou les philosophes Raphaël Enthoven et Cinthya Fleury...
Rien à y redire sauf que...
A l’heure des agapes,  ne serait-il pas bon de rappeler que, comme le dénonce Dominique de Villepin,  « par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s'est tue ». Alors que « lever la voix face au massacre qui est perpétré à Gaza, c'est aujourd'hui  un devoir pour la France ».
Au moment des petits fours, qui saura dénoncer cet abaissement d’une « diplomatie » de marchands d’armes, d’une « diplomatie » qui préfère à la conquête de la paix et de la sécurité, la conquête des marchés. D’une « diplomatie » complaisante avec les pires régimes, décapiteurs des droits humains. D’une « diplomatie » qui, finalement, a la guerre comme seul horizon.
Pendant ces « fêtes galantes » dans les salons du Quai d’Orsay, les avions de la France continueront d’envoyer sur la Syrie et l’Iraq leurs messages de paix et de civilisation.
Comment s’étonner qu’alors, ce qui aurait dû être manifestation de bon goût, ne provoque qu’une grande nausée ?

Commission Badinter : du minimum syndical au maximum patronal

Commission Badinter : du minimum syndical au maximum patronal

FANNY DOUMAYROU
Lundi, 25 Janvier, 2016
L'Humanité

 

Photo AFP
Le rapport Badinter, remis hier au gouvernement, fixe les 61 grands principes qui figureront en tête du Code du travail. Ils n’empêcheront pas la remise en cause du CDI et des 35 heures par la loi El Khomri, annoncée pour début mars.
 
Il régnait une certaine contradiction, hier, dans les salons de Matignon, où la mission Badinter chargée de dégager les « principes essentiels » du droit du travail remettait le fruit de ses travaux au gouvernement. D’un côté, l’ancien garde des Sceaux socialiste, auréolé de son action pour l’abolition de la peine de mort il y a trente-cinq ans, insistait sur l’« esprit républicain », le « consensus » flottant sur son rapport, et indiquait que les huit juristes et magistrats composant la mission avaient travaillé « à droit constant », en s’interdisant de proposer de nouvelles dispositions. Autrement dit, les 61 « principes essentiels » relevés par le comité ne seraient qu’une reformulation, condensée, de l’état actuel du droit du travail construit par les textes et la jurisprudence.
Mais cette présentation rassurante était aussitôt bousculée par les propos du premier ministre, Manuel Valls, qui, entrant dans le détail, saluait le « choc salutaire » provoqué selon lui par le principe numéro 33 du rapport, concernant la durée du travail. Alors même que résonnaient encore dans les esprits les déclarations du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui, la semaine dernière à Davos, avait affirmé que le projet de loi qui sera présenté le 9 mars par la ministre du Travail, Myriam El Khomri, marquera « de facto » la fin des 35 heures : « Si vous pouvez négocier des accords majoritaires au niveau de l’entreprise pour n’avoir presque aucune surcompensation, cela veut dire que vous pouvez créer plus de flexibilité », avait-il expliqué.
Depuis le lancement de la mission Badinter fin novembre, on s’interrogeait sur la forme que prendraient les « principes » que les juristes experts étaient invités à dégager, et sur la fonction  qu’ils occuperaient dans le système juridique. Constitueraient-ils une sorte de préambule solennel au Code du travail ou entreraient-ils plus avant dans le concret des règles pour former le socle indérogeable du Code, comme l’avait laissé entendre la ministre El Khomri, dessinant en creux tout le champ où la négociation collective deviendrait prioritaire ? Cette deuxième option aurait demandé un travail bien plus long, et c’est la première qui a été confirmée hier.
Les 61 « principes essentiels du droit du travail », organisés en huit thèmes, devront figurer « dans un chapitre autonome placé en tête du Code du travail » et « n’auront point de valeur juridique supérieure aux autres dispositions », a précisé Robert Badinter. C’est une autre commission, dite de « refondation du Code du travail », qui sera chargée de la réécriture du Code en trois parties prévue par le gouvernement : socle indérogeable, domaines renvoyés à la négociation collective, et règles supplétives s’appliquant seulement en l’absence d’accord.  

lundi 25 janvier 2016

Philippe Grosvalet : « Nous faisons un choix de modèle de société et de développement »

Philippe Grosvalet : « Nous faisons un choix de modèle de société et de développement »

Entretien réalisé par Stéphane Guérard
Lundi, 25 Janvier, 2016
L'Humanité

323546 Image 1

Premier département de France en surface agricole biologique, la Loire-Atlantique, qui accueille chaque année 14500 personnes de plus, doit aussi gérer un problème de foncier.
Photo : Herve Ronne/Réa
Président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet défend le nouvel aéroport qui pourrait, dit-il, s’inscrire dans une logique de développement économique et d’emplois.
Le tribunal de Nantes statue aujourd’hui en début d’après-midi sur les plaintes déposées en référé par AGO-Vinci, à l’encontre des occupants « historiques » de la zone d’aménagement différée. Lors de l’audience, il y a quinze jours, le concessionnaire du site avait demandé l’expulsion immédiate, sous peine de très lourdes astreintes financières, des quatre agriculteurs qui ont refusé de vendre leurs terres à l’amiable et qui les cultivent toujours, ainsi que celle des onze familles qui habitent des maisons rétrocédées à Aéroports du Grand Ouest (AGO). De la décision du tribunal dépend l’avenir immédiat de ce projet d’infrastructure, entre la mise en chantier rapide et un nouveau renvoi des travaux. Le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, attend « le début des travaux. C’est le rôle d’un État fort de mettre en œuvre un projet d’infrastructure qui a le soutien de toutes les collectivités et qui a respecté toutes les procédures ».
Les raisons du déménagement de l’actuel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, qui prévalaient au moment de ce choix, sont-elles toujours d’actualité ?
323546 Image 0Philippe Grosvalet Oui. Pour aujourd’hui et surtout pour demain. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est d’abord un choix de modèle de société et de développement. Comment défend-on un équilibre fort entre le développement économique, social, de l’emploi et la protection de la nature, qui passe par celle du foncier ? Dans ce département, qui est le deuxième de France pour sa surface en eau, avec la Loire, la Brière, les marais salants, le lac de Grand-Lieu, nous sommes très sensibles aux enjeux environnementaux. Nous avons aussi la chance de posséder un grand port maritime qui s’est développé sur un estuaire et des zones humides, de grandes industries, une raffinerie à Donges, un prochain grand parc éolien, une agriculture très dynamique. Nous sommes le premier département de France en surface agricole biologique. Comment préserver ce territoire quand nous gagnons 14 500 habitants par an ? Il faut donner des logements et du travail à tous ces gens. Pour faire face à la pression foncière, nous avons décidé de déplacer l’aéroport et reconcentrer la ville sur elle-même. Pour 550 hectares de terres artificialisées, on prétend que l’on veut détruire l’agriculture ? Le débat est disproportionné. Quel autre modèle de société nous propose-t-on ? À Saint-Nazaire, on a construit des logements sociaux en front de mer. J’en suis fier. Ma vision de l’avenir n’est pas de vivre dans des cabanes, ni de choisir la décroissance.
Comprenez-vous que les unions départementales de la CGT, la FSU et Solidaires aient pris position la semaine dernière contre le nouvel aéroport du fait de leurs craintes sur l’emploi ?
Philippe Grosvalet Que les agriculteurs qui doivent déménager soient contre, c’est tout à fait normal. Mais là, ça me choque. Quand, en 2008, Louis Gallois, alors PDG d’Airbus, a annoncé son plan Power 8, on a compris que l’implantation de Nantes (à côté de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique – NDLR) était menacée. On s’est battu pour donner de la lisibilité à l’aéronautique en facilitant le déploiement du technocampus aéronautique, facilité par le déménagement de l’aéroport actuel. Quand il y a une menace sur l’emploi, on anticipe. Si Airbus a dix ans de carnet de commandes, c’est grâce à nos savoir-faire. L’aéroport est à envisager dans un tout, avec le port, le réseau ferré. Sans nos investissements dans une liaison ferrée, Total aurait-il conservé la raffinerie de Donges ? Même chose pour le port et l’industrie navale à Saint-Nazaire. Notre rôle est de mettre en place les éléments pour préserver le territoire et l’emploi. Nous le faisons dans l’éolien. J’aurais aimé que ces syndicats se positionnent en faveur de cette anticipation.
Êtes-vous sûr d’avoir toujours le soutien de vos administrés ?
Philippe Grosvalet Cette année, nous avons connu deux élections. Sur ma circonscription, personne ne m’a parlé de l’aéroport autrement que pour me demander quand il allait se faire. Les gens s’y intéressent, puisqu’il s’agit d’un sujet devenu national. Mais leur préoccupation première, c’est l’emploi.
Philippe Grosvalet est Président du conseil départemental de Loire-Atlantique