mercredi 27 avril 2016

Loi « Travail ». Rendez-vous dans la rue le 28 avril


Loi « Travail ». Rendez-vous dans la rue le 28 avril

PIERRE-HENRI LAB
DIMANCHE, 24 AVRIL, 2016
HUMANITÉ DIMANCHE

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PHOTO LIONEL BONAVENTURE / AFP
L'intersyndicale appelle à une nouvelle journée de grèves et de manifestations pour le retrait du projet de loi, le 28 avril, avant un 1er Mai de lutte. Objectif: mettre la pression sur les députés qui examinent le texte à partir du 3 mai.
 on veut obtenir le retrait du projet El Khomri, c'est maintenant qu'il faut mettre le paquet ! CGT, FO, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL appellent les salariés, les étudiants et les lycéens à « se mobiliser à nouveau par la grève et à participer massivement aux manifestations » le 28 avril et, dans la foulée, le 1er Mai. Les manoeuvres du gouvernement pour tenter de diviser l'intersyndicale en donnant en partie satisfaction à l'UNEF sur ses revendications sur l'insertion professionnelle ont échoué. Le syndicat étudiant, comme les autres organisations, continue de revendiquer le retrait du texte. À défaut d'être entendus par le gouvernement dont ils dénoncent « l'entêtement », les syndicats veulent mettre la pression sur les députés alors que l'examen du texte débutera à l'Assemblée nationale le 3 mai. Les aménagements apportés successivement par le gouvernement puis par la commission des Affaires sociales du Palais-Bourbon n'ont pas levé toutes les oppositions parmi les parlementaires. « Le travail d'amendement devra se poursuivre », a ainsi reconnu le député socialiste et rapporteur du texte, Christophe Sirugue, tandis que François Hollande, lors de l'émission « Dialogues citoyens » du 14 avril, a ouvert la porte à « des corrections » supplémentaires pour vaincre les réticences. Le président de la République et son gouvernement ne sont pas assurés de rassembler une majorité de députés. À un an de la présidentielle, ceux de droite ne veulent pas mêler leurs voix à celles de la majorité. Ceux du Front de gauche sont irrémédiablement opposés au texte. Au sein des groupes des radicaux de gauche, d'EELV, et surtout du groupe socialiste, le doute grandit. Alors que la réélection de Mobilisation contre la loi el Khomri à l'appel des syndicats et des syndicats étudiants, à Paris.
François Hollande paraît chaque jour plus improbable, beaucoup s'interrogent sur l'intérêt de soutenir un texte fortement impopulaire alors qu'eux-mêmes remettront en jeu leur mandat. Pour « les interpeller », les initiateurs de la pétition en ligne viennent de mettre en place un dispositif (loitravail.lol) qui permet, via les réseaux sociaux ou par courriel, de demander à son député de rejeter le texte. Gageons que les 1,3 million de pétitionnaires écriront à leur parlementaire.
 
À Paris, la manifestation partira de la place Denfert-Rochereau, à 14 heures, pour rejoindre celle de la Nation. Pour connaître l'heure et le lieu des manifestations en région du 28 avril et du 1er Mai : 

mardi 19 avril 2016

Mirage du RSA jeunes et menace sur l’ASS

Mirage du RSA jeunes et menace sur l’ASS

Fanny Doumayrou
Mardi, 19 Avril, 2016
L'Humanité

Après la remise du rapport Sirugue, le gouvernement laisse espérer une extension du RSA à tous les jeunes mais remet en cause l’ASS, allocation de fin de droits pour les chômeurs.
Vaste opération de communication autour de la remise au gouvernement, hier, du rapport Sirugue, du nom du député de Saône-et-Loire chargé en décembre de plancher sur une refonte des minima sociaux. Alors que l’élu est également rapporteur de la loi travail, contestée dans la rue depuis plusieurs semaines, son rapport tombe à pic pour tenter de désamorcer le mouvement du côté des jeunes. La mesure phare mise en avant dans la communication consiste en effet à créer une « couverture socle commune » qui remplacerait les dix minima sociaux existant aujourd’hui, et qui serait ouverte dès 18 ans aux jeunes non étudiants. Ce, alors que l’actuel revenu de solidarité active (RSA), qui a remplacé en 2009 le RMI, est ouvert à partir de 25 ans seulement.

À ce jour, 176 000 jeunes de moins de 25 ans perçoivent le RSA

Actuellement, seuls 176 000 jeunes de moins de 25 ans perçoivent le RSA, soit parce qu’ils sont parents, soit parce qu’ils remplissent la condition drastique d’avoir travaillé deux ans à temps plein sur les trois dernières années. Une exclusion qui a contribué depuis 2008 à l’accroissement du taux de pauvreté des jeunes, et au décrochage de leur niveau de vie par rapport à leurs aînés, souligne le rapport, qui déplore également l’exception française dans ce domaine par rapport aux pays voisins. « Priver la très grande majorité des jeunes de l’accès à notre dispositif universel de lutte contre la pauvreté ne me paraît plus acceptable », écrit Christophe Sirugue, qui souligne toutefois que ce « scénario » est « particulièrement ambitieux » et « mettra du temps à se réaliser ». L’extension de cette couverture socle commune à tous les jeunes non étudiants aurait un coût de 6,6 milliards d’euros, ou de 3,1 milliards si l’allocation était ouverte à 21 ans seulement. L’Unef a réagi hier en invitant le gouvernement à « prendre en compte les propositions du rapport Sirugue et, plus généralement, à ouvrir un chantier pour la création d’un véritable statut social des jeunes ».
À peine le rapport remis, le premier ministre, Manuel Valls, a annoncé que « l’ensemble des propositions formulées dans le rapport visant à simplifier et harmoniser les prestations devraient être mises en œuvre très rapidement », tandis que les « propositions de plus long terme » feraient l’objet d’un « travail approfondi » pour s’engager « dans cette réforme de grande ampleur dans les prochains mois ». Dans l’immédiat donc, pas de couverture socle universelle, mais une série de mesures de simplification applicables dès le 1er janvier 2017 d’après le scénario de base du rapport. Cette liste comprend le développement d’outils numériques, d’échanges d’informations entre administrations, ainsi que la « fixation » pour trois mois du montant du RSA pour améliorer la visibilité pour l’allocataire. Mais elle remet également en cause les critères de versement de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), créée en 1984 pour les chômeurs ayant épuisé leurs droits à l’assurance chômage.
Le rapport suggère d’aligner les possibilités de cumul entre allocation et revenus du travail de l’ASS sur celles du RSA, nettement moins favorables. Le cumul, possible aujourd’hui pendant un an sous conditions, serait ramené à trois mois. Dans un scénario intermédiaire, la menace sur l’ASS se précise. Si le député écarte la piste de l’extinction pure et simple de l’allocation, il préconise de limiter son versement à deux années, alors qu’elle est aujourd’hui versée sans limitation de durée. Au bout de deux ans, les chômeurs basculeraient dans le régime du RSA, avec à la clé une perte de revenus s’étageant entre 72 et 455 euros par mois selon les situations.

laissez-nous réver, monsieur Finkielkraut ! 

laissez-nous réver, monsieur Finkielkraut ! »
Camille Lainé
Mardi, 19 Avril, 2016
L'Humanité

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Patrick Nussbaum
point de vue Retour sur la venue, samedi à Paris, lors de la Nuit debout, du philosophe hué par une partie des participants. par Camille Lainé Secrétaire générale du Mouvement jeunes communistes
En mal de polémiques, nombre de responsables politiques de l’extrême droite au PS, de médias et d’intellectuels mainstream se sont emparés de la venue d’Alain Finkielkraut à la Nuit debout à Paris, samedi, et de son départ mouvementé pour décrédibiliser l’initiative. Relayée par une interview vidéo de l’intéressé sur le site de l’extrême droite, le Cercle des volontaires, cette tentative ne doit pas nous faire perdre de vue le fond du problème : peut-on encore, dans notre pays, s’opposer aux idées néoconservatrices et réactionnaires et proposer un chemin politique du progrès et du vivre-ensemble sans être attaqué de toutes parts ? Je l’espère. Car la Nuit debout n’est pas seulement un espace public où la parole politique y est ouverte, où la démocratie se veut renouvelée. C’est aussi un mouvement qui émerge pour construire une alternative à une société où règne la violence. La violence sociale, celle qui prive d’emplois des millions de personnes, qui vire, qui précarise, exploite. La violence étatique, celle d’un gouvernement qui impose l’état d’urgence, réprime avec violence les mouvements sociaux. Cette société-là, Alain Finkielkraut en est un des plus fervents promoteurs.
Le 29 février, il déclarait : « Pour encourager un chef d’entreprise à embaucher, il faut lui permettre de licencier sans trop de dommages, c’est ce à quoi vise ce plan El Khomri…» Je ne reviendrai pas sur l’équipe de France de football « black black black », la défense de son ami islamophobe Renaud Camus inventeur du « grand remplacement », les Antillais qui « vivent de l’assistance de la métropole », en passant par la révolte des banlieues jugée comme « un pogrom antirépublicain » ou plus récemment sur l’« accent des beurs » et des « Français de souche ». La haine et le mépris qu’exprime le « philosophe » Finkielkraut ne sont malheureusement qu’un concentré de ce qui se joue dans notre société, ici et là, sous des formes diverses. Ce que nous ­combattons, jeunes communistes, au-delà d’un individu manifestement inconséquent et à la dérive, c’est tout un climat de pensée, et l’expression décomplexée des idées et pulsions les plus basses. Ce que nous espérons, grâce à la Nuit debout, grâce aux mobilisations, c’est l’émergence de solutions nouvelles pour une société débarrassée de ses démons et de ceux qui les nourrissent. Alors oui, monsieur Finkielkraut, laissez-nous rêver. Laissez-nous espérer. Laissez-nous construire en paix ce que vous vous acharnez à détruire.

« This is my land » : Israel, Palestine derrière les murs de l'école

« This is my land » : Israel, Palestine derrière les murs de l'école

EUGENIE BARBEZAT
Mardi, 19 Avril, 2016
Humanite.fr

Dans ce documentaire, en salles à partir du mercredi 20 avril,  Tamara Erde a choisi d’enquêter sur un aspect assez peu évoqué dans le conflit israélo-palestinien, celui du rôle des systèmes scolaires respectifs. Ont-ils pour vocation de former les futurs acteurs d’une résolution du conflit ? Quels rôles jouent-ils dans ce conflit ? Ecoutez la réalisatrice au micro de l'humanite.fr
Née et ayant grandi en Israël, Tamara Erde a  fait sa scolarité à Tel Aviv. Ce n’est qu’au cours de son service militaire (obligatoire), durant la deuxième Intifada, en 2002, qu’elle a  pu voir de près les procédures opérationnelles adoptées par l’armée israélienne à l’encontre des Palestiniens et s’est mis alors à remettre en question ce qu’elle avait appris jusqu’alors.  «  J’ai compris à quel point l’enseignement de l’histoire de mon pays était partial et sélectif. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, les barrières ne sont pas que physiques. C’est surtout au niveau de l’individu et de la société qu’il faut chercher une issue au conflit. Si un dialogue doit voir le jour entre les Palestiniens et les Israéliens, c’est à l’école et par l’école qu’il devrait être initié. L’éducation est l’outil essentiel du futur, et ayant grandi en Israël, j’ai l’impression que cet outil est peu, ou mal utilisé », précise-t-elle.

Partant de cette réflexion, la réalisatrice, maintenant installée à Paris, a enquêté des deux cotés du mur et le fruit de son travail est visible à partir du mercredi 20 avril dans les salles de cinéma. "This is my land" nous apporte une réflexion profonde sur le rôle et la puissance de l'enseignement quant au formatage des esprit et à l'éducation citoyenne. A voir !
 

Terrorisme : Daesh aurait renvoyé des djihadistes en Europe

Terrorisme : Daesh aurait renvoyé des djihadistes en Europe

Mardi, 19 Avril, 2016
Humanite.fr

Le risque d’attentat reste très élevé entre la France et la Belgique. Europol n’est pas sûr que la cellule qui a commis les attentats du 13 novembre et de Bruxelles soit démantelée, tandis que les autorités belges avancent que des "combattants étrangers" en Syrie ont l'intention de se rendre en Europe pour commettre de nouveaux attentats. La France renforce ses mesures de sécurité.
"Il y a beaucoup de renseignements, par exemple des signaux que des FTT (Foreign terrorist fighters, "combattants terroristes étrangers"), des combattants en Syrie, voudraient retourner, pas seulement vers la Belgique, mais vers l'Europe, pour commettre un attentat", a déclaré Paul Van Tigchelt, directeur de l'Ocam l'organe chargé d'évaluer la menace terroriste en Belgique , lors d'une conférence de presse.
"L'enquête s'est déroulée de manière intense et a connu de sérieuses progressions", a estimé Paul Van Tigchelt. "Mais le danger n'est pas écarté", a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.
Dans le même temps, Europol, l'office de coordination des polices européennes, a admis ne pas être sûr que la totalité des membres présumés de la cellule djihadiste impliquée dans les attaques du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles ont été arrêtés ou tués.  Les enquêtes sur les attaques en France et en Belgique ont révélé que leurs auteurs étaient reliés les uns aux autres.  En revanche, a-t-il dit, les cinq suspects arrêtés en fin de semaine dernière en Angleterre dans le cadre d'une enquête antiterroriste menée avec le concours des autorités belges et françaises ne sont pas considérés par Europol comme des éléments majeurs du réseau à l'origine des attaques de Paris et Bruxelles. Il a ajouté qu'il était impossible d'exclure que d'autres cellules djihadistes préparaient de nouveaux attentats en Europe, et qu'il était probable qu'une nouvelle attaque ait lieu.

Niveau de sécurité renforcé

L'Ocam a donc décidé de maintenir un niveau 3 (sur une échelle de 4) de menace terroriste pour l'ensemble de la Belgique, ce qui signifie que "la menace est toujours considérée comme grave, possible et vraisemblable", a expliqué l'organisme public qui rassemble les informations disponibles et conseille les autorités.  Les "sites stratégiques" belges - aéroports, grandes gares, transports en commun, sites nucléaires... - font donc toujours l'objet de mesures de sécurité renforcées permanentes.  Les centres commerciaux et autres lieux "à forte concentration de personnes", comme les cinémas, peuvent également bénéficier de mesures de protection particulières.
La police, appuyée par l'armée, continue notamment à assurer la sécurité de ces lieux.
En France, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé le renforcement du plan antiterroriste, avec la création de sept nouvelles antennes du GIGN et du Raid, et le doublement des effectifs de "l'antigang". Cela devrait permettre à ces unités spéciales d’intervenir plus rapidement et sur tout le territoire en cas d’attaque comme celle du Bataclan. Il a rappelé les principes: l'intervention "élémentaire" sur un attentat de masse ou une crise grave relève des premiers policiers et gendarmes sur les lieux. Pour cela un plan a déjà été engagé permettant désormais à 750 brigades anticriminalité (BAC) de la police et pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (Psig) de "quadriller le territoire", dotés d'armes lourdes. "En cas de tuerie de masse, c'est durant les premières minutes que les terroristes font le plus grand nombre de victimes", a souligné Bernard Cazeneuve. "Nous devons donc réagir le plus rapidement possible, comme nous devons constamment anticiper l'éventualité d'une telle attaque", a-t-il dit, évoquant la "guerre du temps qu'implique désormais toute riposte antiterroriste".
Le cas Younes Abbaoud. Enlevé à la sortie de l’école, à 13 ans, par son frère Abdelhamid et emmené en Syrie en janvier 2014, l’adolescent complètement radicalisé après deux années sur le front syrien, a déclaré vouloir regagner l’Europe pour venger son frère ainé. Abdelhamid Abbaoud est l’organisateur présumé des attaques du 13 novembre et a péri lors de l’assaut qui a suivit à Saint-Denis.
Les autorités belges ont donc ouvert une enquête sur le retour de Younès. La presse belge avance que l’adolescent serait en réalité sur le sol belge depuis près de 2 semaines.
« Une arrivée que les enquêteurs estiment aux alentours du 5 février », selon ces quotidiens, ce que les autorités belges ne confirment pas. Le jeune djihadiste aurait échappé aux contrôles en raison de son changement d’apparence.


Le jeune Younes

Victoire éclatante au Campanile

Victoire éclatante au Campanile

hôtellerie
Cécile Rousseau
Mardi, 19 Avril, 2016
L'Humanité

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MAGALI COHEN
Les salariés d’un sous-traitant du Campanile tour Eiffel ont gagné vendredi leur intégration et des conditions salariales décentes.

 

Une victoire éclatante. Vendredi dernier, les treize salariés et sous-traitants en grève du Campanile tour Eiffel, dans le 15e arrondissement de Paris, ont arraché le respect et des conditions de travail décentes. Ce matin-là, au siège du groupe Louvre Hotels dans le quartier de la Défense, le personnel a débarqué sono sous le bras, mettant un joyeux bordel dans cet univers feutré. « On a aussi distribué des tracts à l’entrée. De nous voir, comme ça, au siège, a fait mal au patron », se réjouit Mohammed Oumaouche, délégué syndical CGT et premier adjoint au directeur. Presque un mois de lutte a été nécessaire pour faire plier Louvre Hotels Group, propriétaire des Campanile ainsi que le groupe STN, prestataire employant les femmes de chambre. Après des semaines de mépris, les portes se sont finalement ouvertes pour laisser place aux négociations. Femmes de chambre et gouvernantes s’en sortent la tête haute.

Clou du clou, le versement de 75 % d’un treizième mois

L’inventaire à la Prévert de leurs gains est impressionnant. Elles ne sont plus salariées de la sous-traitance, mais directement employées par le Campanile avec reprise d’ancienneté. Au passage, l’intégration dans le groupe leur permet de bénéficier des accords collectifs avec la prime de transport remboursée, le versement d’une indemnité de nourriture et les jours fériés payés à 100 %. Les cadences de travail diminuent aussi de 25 %, soit le passage de quatre chambres nettoyées par heure à trois. Leurs mensualisations passent de 86,67 heures à 108,33 heures pour un bénéfice de 210 euros brut et de 133 heures à 151,67 heures pour les gouvernantes. Le taux horaire a également été revu à la hausse, de 30 centimes à 1 euro de l’heure. Clou du clou, le versement de 75 % d’un treizième mois a été obtenu. Mohammed Oumaouche exulte : « On est tous super-contents. Cette grève, on l’a faite en solidarité avec les filles qui bossent avec nous mais ne sont pas traitées comme nous. » Visiblement, le prestataire STN Groupe a toujours des oursins dans les poches. « Les femmes de chambre ne devaient être transférées de la sous-traitance vers le Campanile que dans trois mois. Mais STN Groupe ne voulait pas payer les augmentations de salaires actées et a dit qu’il les laissait partir tout de suite », raconte le délégué.
La partie n’est pas encore terminée. STN Groupe comparaîtra devant les prud’hommes le 28 avril prochain pour régler les heures supplémentaires non payées. Aucun gréviste n’est prêt à lâcher le morceau. Il faut dire que le personnel, mobilisé dans son intégralité, sauf le directeur de l’hôtel, partait de très loin. Dans les couloirs du deux-étoiles, les femmes de ménage s’activaient jusqu’ici pour des cacahuètes. Sans prime d’habillement, sans paiement des heures supplémentaires, sans aucune considération pour le travail accompli, elles devaient parfois travailler sur leurs jours de congé. Kaba Salematou, élevant seule ses trois enfants avec un salaire de 643 euros par mois (voir l’Humanité du 13 avril), est à la fois ravie et émue de cette issue. « C’est super, on est enfin traité comme les autres salariés, on a les mêmes droits que tout le monde ! »
Pendant presque un mois, avec leur banderole « Campanul en social », ils sont fiers d’avoir tenu le coup, sillonnant Paris et sa proche banlieue, rendant visite aux salariés des hôtels de l’enseigne à Suresnes et à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, ou participant aux cortèges contre la loi El Khomri. Mais rien ne bougeait. Le gestionnaire de l’hôtel, pourtant assigné devant le tribunal de grande instance de Nanterre le 13 avril pour le remplacement des grévistes, faisait la sourde oreille. Acculé, il avait même fini par fermer le Campanile. Qu’à cela ne tienne, surmotivé, le personnel avait déjoué le lock-out et tenu fermement le piquet à l’extérieur. Un itinéraire de lutte mouvementé qui s’est donc achevé dans une immense joie.
Satisfaits, ils n’ont pas pour autant l’intention de baisser la garde. Cette première mobilisation a déjà un effet addictif pour certains d’entre eux. « On ne regrette rien, on n’allait pas laisser nos collègues crever. Et on continue toujours à se battre contre la loi El Khomri », lance Fauad Slimani, réceptionniste salarié du Campanile. Le 27 avril, une « grève debout » devait être organisée. Elle a depuis été remplacée par une soirée concert, repas et débat pour fêter la bonne nouvelle.
Car après une dizaine de mobilisations réussies au Park Hyatt Paris Vendôme, Hyatt Paris Madeleine, W Paris Opéra… les choses évoluent pour les salariés prestataires des hôtels. À la suite de la bagarre du Campanile de Suresnes, en septembre 2013, une charte sociale avait été décidée mais jamais appliquée.
À la rentrée prochaine, les grévistes du Campanile tour Eiffel ont aussi gagné la tenue d’une négociation dans toute l’union économique et sociale Louvre Hotels sur l’égalité de traitement des prestataires. « On ne peut plus laisser de tels écarts entre les salariés des hôtels et les sous-traitants Avec les grèves, les condamnations aux prud’hommes pour délit de marchandage, on progresse ! Les patrons de l’hôtellerie commencent à baliser », triomphe Claude Lévy, de la CGT hôtels de prestige et économiques (HPE). Ouvrant de belles perspectives de progrès social pour les forçats des palaces.

CGT « Une entrée en congrès plus confiante grâce au mouvement anti-loi travail »

Sophie Béroud Maître de conférences en sciences politiques
Entretien réalisé par Clotilde Mathieu
Lundi, 18 Avril, 2016
L'Humanité

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MAGALI COHEN
Pour la chercheuse Sophie Béroud, la mobilisation sociale en cours repose « la question du rapport de forces avec beaucoup d’acuité », et donc celle, pour la CGT, « d’accroître sa capacité à syndiquer », qui s’affirme comme l’un des enjeux au cœur de son 51e congrès, à Marseille.
À l’heure où s’ouvre le congrès de la CGT, nous assistons à la plus grosse mobilisation depuis 2010. Le syndicat a-t-il su dépasser sa crise ?
Sophie Béroud Il est certain que la mobilisation crée un contexte propice à ce 51e congrès, ouvrant un espace pour réfléchir aux possibles de la lutte en cours. La CGT joue un rôle central dans la construction du mouvement interprofessionnel : avec d’autres – FO, FSU et Solidaires –, elle a réussi à établir un rapport de forces avec un mot d’ordre ferme de retrait. De plus, la mobilisation bénéficie d’un soutien fort dans l’opinion publique. Cette dynamique, à laquelle s’ajoute celle des Nuits debout, permet de poser autrement les enjeux auxquels la CGT est confrontée, de façon peut-être plus sereine et confiante. Parmi ces enjeux, il y a ceux d’accroître encore le rapport de forces pour faire reculer le gouvernement et de réussir à faire entendre les propositions dont la CGT est porteuse, comme le projet de Code du travail du XXIe siècle.
En est-elle capable ?
Sophie Béroud Sur le plan interne, les délégués auront à plancher sur des questions débattues depuis longtemps. Comme la place que la CGT occupe dans le salariat, les enjeux de structuration, de démocratie interne, ou encore la place accordée aux nouveaux adhérents. Les diagnostics, précis et lucides, ont été construits depuis le début des années 2000. L’urgence est maintenant de passer un cap. Des outils de réflexion collective existent, mais comment mettre en œuvre ce qui a été décidé lors des congrès précédents, en particulier sur la syndicalisation ? Beaucoup d’expériences ont été menées, comme les syndicats de site ou la syndicalisation dans des secteurs très précarisés. L’enjeu est de dépasser le stade des expérimentations et d’en faire l’orientation de toute la CGT.
Philippe Martinez souhaite une CGT davantage sur le terrain et moins dans les réunions institutionnelles. Est-ce une réponse à la difficulté de syndicalisation ?
Sophie Béroud La question de l’institutionnalisation est complexe. À différentes échelles – entreprises, instances paritaires, territoires –, les militants siègent dans des instances de concertation et de négociation, mais quel bilan en tirent-ils dans un contexte de recul des droits sociaux et d’accélération des politiques libérales ? La mobilisation contre la loi El Khomri montre bien que l’enjeu déterminant est de réussir une implantation plus forte dans le salariat. La question du rapport de forces est posée avec beaucoup d’acuité. La CGT est face au défi d’étendre sa présence, d’accroître sa capacité à syndiquer, à s’organiser sur le lieu de travail de façon durable.
La question du rapport au politique a été fortement soulevée durant la dernière période. Ce débat sera-t-il au cœur du congrès ?
Sophie Béroud Là encore, la réflexion a été ouverte depuis longtemps, au début des années 1990, avec des débats internes forts. La volonté de se distancier des partis s’est parfois traduite par l’idée de ne pas sortir du domaine des relations professionnelles. À un point tel que le terme « projet » posait parfois problème. Les discussions ont évolué sur cette question lors du débat autour du référendum sur le traité constitutionnel européen ou au moment de l’élection présidentielle de 2012. Beaucoup de réflexions portent sur la façon de concilier aujourd’hui la double besogne définie par la charte d’Amiens : la lutte au quotidien, mais aussi la construction d’un projet d’émancipation. Le fait que la CGT se donne les moyens de contribuer à construire un projet alternatif de société me semble partagé ; ensuite, toute la question est de réussir à impliquer les salariés dans ce processus.
Le rapport aux autres syndicats, et plus particulièrement avec la CFDT, est plus que jamais posé. Est-ce la fin du « syndicalisme rassemblé » ?
Sophie Béroud Cette division du syndicalisme en deux pôles, l’un combatif, radical, et l’autre accompagnant les politiques libérales, la CGT n’en a pas voulu et l’évite depuis 1995. Mais aujourd’hui, nous en sommes au stade où cette division est théorisée par la CFDT, mais aussi par le gouvernement et le Medef. Comment construire un rassemblement unitaire, alors que les divergences de fond sont si fortes ? C’est de façon à la fois tactique et stratégique qu’il faut penser la relation avec la CFDT, mais aussi la CFE-CGC, la CFTC et l’Unsa. Il y a un intérêt à ne pas acter cette partition du mouvement syndical en deux pôles, notamment pour continuer à construire des rassemblements unitaires dans les entreprises, mais aussi pour rallier les salariés sur ce que porte la CGT, en montrant la pertinence de ce qui est défendu. Dans le mouvement actuel (contre la loi El Khomri – NDLR), des troubles se manifestent dans la CFDT, à partir de ce que vivent ses militants sur le terrain. Il est encore possible de penser des unités d’action à géométrie variable, au niveau local ou national, sur des sujets comme la lutte contre le FN, par exemple.